N° 902 | du 23 octobre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 23 octobre 2008

« Chacun s’inspire des avancées de son voisin et s’en trouve stimulé »

Propos recueillis par Jacques Trémintin

Entretien avec Didier Mahé, directeur général de l’association.

Quels sont, de votre point de vue, les critères de réussite de la démarche que vous avez initiée ?

J’en vois plusieurs. Il y a d’abord le sens qu’on y donne. Par sens, j’entends la direction et la signification impulsées. Il faut que chaque acteur de l’association sente qu’on réfléchit à ce qu’on fait ensemble et pourquoi on le fait. Il faut ensuite que l’instance de gouvernance de l’association, le conseil d’administration et son président, valide le projet et donne l’exemple. Il faut encore un pilote qui soit garant de l’opérationnalité de la démarche et de son articulation : c’est mon rôle de dirigeant. Mais il est tout autant nécessaire de faire intervenir un tiers médiateur chargé à la fois de décristaliser les problèmes de pouvoir et de faire accoucher l’opération, ce que ne peut faire directement un directeur trop impliqué dans sa fonction de direction : c’est la fonction du consultant. Le premier relais à mobiliser est celui des fonctions d’encadrement : responsables de sites, cadres intermédiaires, cadres fonctionnels. Mais rien ne pourra se faire sans entraîner les personnels dans une dynamique d’appropriation, ce qui sous-entend des processus d’assimilation et de transformation par les différents acteurs. En outre, on ne peut engager une telle démarche sans prendre le temps nécessaire, ni garantir la continuité de son déroulement.

Quels sont les effets positifs que vous identifiez à terme ?

Le premier effet positif est certainement l’esprit de changement et d’innovation qui règne dans l’association. J’en veux pour preuve les modifications qui ont été effectuées au secrétariat concernant la confidentialité des dossiers des usagers, avant même que la démarche n’arrive à son terme. Le protocole mis au point garantit dorénavant leur confidentialité, comme l’atteste la dernière inspection de la DDASS. L’autre conséquence positive importante est l’effet miroir entre les différents cadres de direction. Chacun s’inspire des avancées de son voisin et s’en trouve stimulé. Il y a aussi un résultat non négligeable : celui de la transparence des actions entreprises. Tous les acteurs possèdent les mêmes informations. Dernière dimension, mais pas la moindre : l’effet sur les instances de contrôle qui, parce que nous sommes visibles et lisibles, nous font une grande confiance.

… et les effets négatifs ?

Nous nous sommes heurtés à une certaine résistance au sein du personnel. Ce n’est pas simple de se remettre en cause, ni de rendre visible sa pratique, encore moins de partager son référentiel. Mais la démarche de projet ne peut fonctionner que si les différents acteurs (personnel, usagers, administrateurs) acceptent de l’investir ensemble. J’évoquais à l’instant parmi les facteurs de réussite, l’appropriation. Cela implique d’un côté la compréhension et l’assimilation de ce qui se met en place et de l’autre l’acceptation du changement et la mise en œuvre de la transformation. Il faut prendre en compte les résistances, afin d’essayer de les dépasser. Car sans la participation active des acteurs, la démarche d’amélioration continue ne peut vivre. A constater le résultat obtenu, je pense que l’on réussit à convaincre et à cheminer ensemble sans laisser trop de monde sur le bord du chemin.


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