N° 944 | du 8 octobre 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 octobre 2009

À Montpellier, une cellule « parentalité-usage de drogues »

Nathalie Bougeard

Thèmes : Toxicomanie, Maternité

En 1997, dans une dynamique proche du Safed, Corinne Chanal, sage-femme, a conçu et mis en place à Montpellier un accueil et un suivi spécifiques pour les femmes consommatrices de drogues.

Dans un ouvrage collectif intitulé Prévention précoce : petit traité pour construire des liens humains paru en 2009 [1], Corinne Chanal, sage-femme à l’origine de cette prise en charge spécifique se souvient : « Il y a dix ans, nous avions des difficultés avec les femmes enceintes. Elles cachaient leur prise de produits, faisaient rarement suivre leur grossesse, accouchaient dans un climat d’urgence. Le regard des professionnels sur ces mères était lourd, jugeant et culpabilisant. » Ainsi, l’identification de la toxicomanie pendant la grossesse restait-il rare avec par exemple moins de cinq cas par an jusqu’en 1995 dans ce centre hospitalier.

Engagée parallèlement dans une association d’aide aux toxicomanes, Corinne Chanal organise d’abord un accueil pour les femmes enceintes consommant des produits. « En un an, elle est passée de trois-quatre femmes reçues à une quarantaine. Cela s’est su très vite. Il y en avait un véritable besoin », rappelle Françoise Molénat, pédopsychiatre qui depuis la création de la cellule parentalité-usage de drogues (CPUD) y assure une vacation deux fois par semaine. « Les femmes savaient très bien ce qu’elles voulaient : ne pas être étiquetées, ne pas être jugées et ne pas être séparées de leur enfant », poursuit-elle. L’objectif est donc clair : la naissance à terme d’un enfant en bonne santé et qui soit pris en charge sans être séparé de la mère.

Suivi global

Localisée dans le service des grossesses à risque, la cellule accorde un premier rendez-vous rapidement (moins de huit jours) aux femmes qui la sollicitent. Si la moitié des patientes est adressée par des professionnels de la grossesse intra ou extra-hospitaliers, un tiers arrive sur le conseil de médecins généralistes ou de centres spécialisés et enfin, 12 % par le bouche à oreille. « Le fait d’entrer dans un circuit de grossesse à risque médical permet de resserrer le suivi global et la parturiente est dans un environnement enveloppant », poursuit Françoise Molénat.

Concrètement, la femme bénéficie d’une consultation tous les quinze jours à partir de la vingtième semaine avant la naissance et d’une surveillance par monitoring une fois par semaine au troisième trimestre, si possible avec une sage-femme de PMI (protection maternelle et infantile). « Dès la grossesse, il est important de rechercher des points d’appui dans l’entourage personnel et professionnel des parents », insiste la sage-femme.

Les pères sont eux aussi conviés aux rendez-vous et à prendre en charge la naissance de leur enfant. Si près de la moitié d’entre eux consomment des opiacés, la très grande majorité ont été présents à toutes les étapes de la prise en charge qu’il s’agisse des consultations prénatales, de l’accouchement ou encore des suites de couches.

Dans le même esprit, à partir de la vingt-huitième semaine, un rendez-vous est proposé avec un pédiatre. « La rencontre anténatale avec un pédiatre est un objectif essentiel. L’équipe est d’ailleurs très active sur ce sujet. Ces femmes ont en effet très souvent peur de la rencontre avec le pédiatre car c’est lui qui va être témoin de la souffrance du bébé pendant la période de sevrage », précise Françoise Molénat.

Dans le bilan de la CPUD, on note que près de 72 % des nouveaux-nés ont fait un syndrome de sevrage. « C’est évidemment l’équipe de pédiatrie qui s’occupe du sevrage mais nous attachons beaucoup d’importance au fait que les mères puissent s’occuper de leur enfant. N’oublions pas que le syndrome de sevrage est un syndrome de stress. D’ailleurs nous observons que lorsqu’elles sont présentes, les bébés se tiennent beaucoup mieux dans leurs bras que dans ceux des professionnelles et que in fine, ils restent nettement moins longtemps hospitalisés », se félicite Françoise Molénat.

Un taux de placement en chute libre

Depuis la création de la CPUD, 90 % des mères sont restées hospitalisées entre 7 et 35 jours sans séparation avec leur enfant grâce à l’apport logistique de l’unité de soins en berceaux. Conséquence logique de cette approche positive : le taux de placement des nouveaux-nés s’est littéralement effondré en passant de 60 % à moins de 5 %.

Enfin, dans ce parcours, le conseil social est bien présent. À la CPUD, c’est la sage-femme référente qui organise une orientation vers une assistante sociale, de même qu’elle peut proposer une consultation chez un psychologue ou un psychiatre. 88,9 % des patientes ont accepté qu’un relais avec les professionnels de PMI soit organisé dont plus de 80 % qui avaient établi des liens dès la période anténatale.

En inscrivant sa démarche sur la seule grossesse, sans inscription dans la filière toxicomanie, la CPUD permet à ces femmes d’êtres considérées comme des grossesses pathologiques et non comme des cas sociaux. « La créativité de Corinne Chanal a permis le renversement des représentations des soignants qui ne portent plus des regards négatifs. De plus, cette démarche bâtie à partir des besoins exprimés démontre qu’elle peut être utilisée sur d’autres troubles, par exemple psychiques ou d’addiction à l’alcool », termine Françoise Molénat.


[1Sous la direction de Françoise Molénat, éditions érès


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