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■ ACTU - Cause majeur ! sidéré par le « Pack autonomie jeunes majeurs »

Écoutés mais pas entendus, c’est le sentiment des membres du collectif Cause Majeur ! suite aux annonces de la Première ministre concernant le « Pack autonomie jeunes majeurs » pour les sortants de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Même s’ils pensaient avoir obtenu une oreille attentive des législateurs, ils n’ont pas retrouvé le fruit de leurs discussions de ces derniers mois.



En partie faute d’accompagnement après la majorité, un tiers des personnes sans domicile fixe sortent de l’Aide sociale à l’enfance. ©CC

« D’où viennent ces mesures ? », s’interroge Diane Semerdjan, responsable de plaidoyer à SOS villages d’enfants, association à l’initiative du collectif Cause Majeur ! qui réunit une vingtaine d’associations concernées. « Depuis notre création en 2019, nous martelons une ambition : l’accompagnement des jeunes majeurs sortant de la protection de l’enfance vers l’autonomie. Dans les mesures annoncées par Élisabeth Borne, la notion d’accompagnement est absente. C’est plutôt des mesures one shot. »

Le « Pack autonomie » se résume au versement d’un « coup de pouce » de 1500 euros à la majorité et à l’organisation chaque année, dans chaque département, d’une cérémonie pour les jeunes majeurs durant laquelle ils « bénéficieront des actions de mentorat et de parrainage ».

Mesures one shot

Déjà, l’aide financière laisse perplexe le collectif. Pour les jeunes majeurs sortant de l’ASE, il existe déjà un « pécule », constitué de l’allocation de rentrée scolaire placée à la Caisse des Dépôts. Tous n’en bénéficient pas et certains « éligibles » peinent à l’obtenir. Les militants souhaitaient le voir généralisé et simplifié.

Matignon annonce qu’il se monte en moyenne à 800 euros, Cause Majeur ! l’estime plutôt à 3 500 euros. Au-delà de la disparité des chiffres, les modalités d’attribution de cette nouvelle aide financière restent floues, tout comme la possibilité de cumuler « pécule » et « coup de pouce ».

Du concret, pas des cénémonies

Mais la palme de l’incompréhension pour les membres du collectif revient à cette idée de cérémonie lors du passage à la majorité. « Ça a été vraiment mal pris. À 18 ans, aucun jeune de l’ASE n’a envie de célébrer quoi que ce soit alors qu’il est sous le poids d’inquiétudes légitimes au vu de facteurs de vulnérabilité énormes. Ces jeunes demandent du concret, pas une cérémonie. »

Pour mieux répondre aux réalités de terrain, Cause Majeur ! tient à la disposition du gouvernement un programme chiffré. Loin de ces mesures, jugées très insuffisantes pour éviter les sorties sèches, la mise en place d’un accompagnement professionnel dans la durée suppose un investissement supplémentaire d’un milliard, quand actuellement, 900 millions sont consacrés à l’accompagnement des jeunes majeurs, suivis en moyenne jusqu’à 19 ans.

Un milliard de plus

« Nous plaidons pour un accompagnement jusqu’à leur insertion pleine et entière dans la société, si nécessaire jusqu’à 25 ans, précise Diane Semerdjan. Pour y arriver, nous demandons un véritable engagement politique de l’État pour permettre aux départements de le mettre en œuvre. Le cœur de la problématique est cet enjeu financier, comment l’État met la main au portefeuille pour soutenir efficacement les départements et lisser les inégalités territoriales dans l’ASE. »

En décembre, la discussion va s’ouvrir pour négocier la contractualisation entre l’État et les départements. Cette fois, le collectif espère être entendu.

Myriam Léon

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