N°  | du 13 avril 2005 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 13 avril 2005 | Une vidéo de Hervé Vincent

Tisser des liens

Joël Plantet

(2002 - 20 mn)
AVECC
84160 Cadenet
Tel. 04 90 68 14 51
mail : avecc@online.fr

Thème : CHRS

Atypique jumelage. En France, dans les Bouches-du-Rhône, un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), La Chaumière, accueille des jeunes femmes en difficulté ; au Tchad, une formation dans un centre social pour « filles-mères » leur apprend le métier de couturière. Les travailleurs sociaux et les femmes des deux lieux ont décidé un jour d’échanger leurs pratiques et leurs savoirs.

Sous un ciel africain dans lequel s’étirent quelques nuages, une belle piste rouge, rectiligne et déserte. Le réalisateur nous emmène vers la vie colorée des marchés, dans les villages. Ici, dans la ville de Sahr, un centre social organise une expo photos. Ce sont de beaux portraits de femmes en noir et blanc, avec ou sans enfants, prises en charge dans le CHRS de la Roque d’Anthéron, sur un autre continent. Mais les femmes ainsi photographiées sont là : elles racontent des parcours difficiles, et souvent des histoires de violences domestiques. Certaines femmes africaines sont surprises : « Là-bas, en France ? Ça existe ? »… Mais au Tchad aussi, les femmes souffrent parfois de violence conjugale ou d’abandon, d’insécurité… Et le sida y fait les ravages que l’on sait…

Le centre de formation propose donc à des mères célibataires de créer et de fabriquer des vêtements. L’idée est de fonctionner en atelier coopératif. Elles en organisent aussi la promotion publicitaire, se photographiant dans leurs beaux atours et réanimant parfois une image d’elles-mêmes dépréciée.

Le délégué régional tchadien à l’action sociale, le directeur français du CHRS et l’assistante sociale africaine insistent tous sur les mêmes objectifs : il s’agit de mobiliser les ressources de chaque personne, de chercher des solutions durables, de refuser l’assistanat. De ne pas faire à la place des personnes prises en charge. Les rencontres des travailleurs sociaux des deux pays servent alors à mutualiser les savoirs et les pratiques.

Au Tchad, en termes de travail social [1], on connaît la réponse aux besoins les plus urgents (distribution de mil aux familles qui accompagnent les malades dans les hôpitaux, par exemple), mais aussi la contractualisation de l’aide : les couturières de Sahr se sont ainsi engagées à tenir la comptabilité, en contrepartie d’une aide associative leur permettant d’acheter leurs machines à coudre. Mais aujourd’hui, estiment les travailleurs sociaux des deux continents, il s’agit d’aller plus loin que d’assister, de contractualiser et de développer les capacités individuelles : ils proposent, souvent en partenariat, de mieux prendre en compte l’entourage, de se donner les moyens de développer une réciprocité durable, et d’établir des bilans de compétences sociales.

Un groupe d’une dizaine de femmes veut par exemple se perfectionner dans la gestion de leurs ressources. Un atelier de plusieurs demi-journées leur fournira des occasions d’échanges, mais aussi des apports d’experts et des enseignements. À l’issue de l’atelier, des projets individuels ou de groupes seront mis au point. Leur réalisation sera l’occasion d’élaborer des contrats entre les personnes et le travailleur social ou la structure organisatrice de la formation.

Elle-même travailleur social depuis 25 ans, Anne Vincent coordonne le projet Tisser des liens, et intervient ponctuellement au Tchad depuis quatorze ans. Sa réalisation a pu être menée à bien grâce à l’appui de la Fondation de France, qui l’avait sélectionnée lors d’un appel à projets contribuant à une restructuration des liens sociaux et familiaux.

[1] Les travailleurs sociaux tchadiens, comme leurs homologues français appartiennent soit au service public — dépendant du ministère de l’Action sociale et de la Famille —, soit au secteur privé, œuvrant dans des organisations non gouvernementales, parfois (plus rarement) dans des associations. Les ONG dépendent d’aides extérieures (gouvernements ou organismes caritatifs étrangers). Très récentes, les associations tchadiennes sont souvent à la recherche des moyens de leur survie.

En Afrique subsaharienne, la colonisation a mis en place des structures étatiques sur le modèle français avec la création de centres sociaux urbains. Leur but : diffuser la vaccination, les principes d’hygiène, l’enseignement ménager et l’éducation préscolaire. Mais peu nombreuses, ces structures ne concernent qu’une faible partie de la population.

Il existe, au Tchad, des formations d’assistant social, d’adjoint social, de monitrice d’enseignement ménager ou de jardinière d’enfant.