N° 1129 | du 5 décembre 2013

Faits de société

Le 5 décembre 2013

Violences aux femmes : les racines du mal

Joël Plantet

Adopté pour trois ans, le nouveau plan va-t-il enfin changer la donne et faire mieux que les précédents ? Plus de moyens, plus de formations pour les professionnels, plus d’accompagnement, plus d’hébergement d’urgence… À suivre.

La journée nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, a vu fleurir un quatrième plan triennal interministériel (2014-2016), prévoyant le doublement des moyens par rapport au précédent. Ambition : assurer une réponse pénale et sociale adaptée et systématique pour chaque cas de violence conjugale ou sexuelle déclarée. À partir du 1er janvier, le numéro d’accueil 3919 fonctionnera sept jours sur sept. La diffusion dans tous les médias nationaux d’une vidéo de trente secondes intitulée Contre les violences, libérons la parole, sensibilise l’opinion en rendant le phénomène plus visible.

Les derniers chiffres sont toujours aussi glaçants : l’Insee établissait le 22 novembre que 1,2 million de femmes de 18 à 75 ans avaient subi des violences physiques ou sexuelles sur deux années (2010-2011) et que les trois quarts d’entre elles connaissaient leur agresseur ; selon le ministère de l’Intérieur, 148 femmes sont mortes en 2012 sous les coups d’un conjoint ; 10 000 plaintes sont déposées par an pour viol ; 220 000 femmes sont victimes de violences conjugales chaque année…

La formation des professionnels (travailleurs sociaux, médecins, sages-femmes, policiers, enseignants, avocats, personnels de l’Ofpra, agents pénitentiaires, etc.) est un axe majeur… Malheureusement, elle était déjà contenue dans les trois plans précédents… La mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) est chargée d’en établir le contenu.

Comment rompre cette chaîne infernale ?

Une femme sur cinq porte plainte. Pour mieux les accompagner, le doublement du nombre d’intervenants sociaux dans les locaux de police d’ici à 2017 (soit 350 personnes) est prévu ; les commissariats qui en sont dépourvus déploieront des partenariats avec des associations pour fournir « aide et conseil » aux victimes. Sont attendues d’autre part la création de 1 650 solutions d’hébergement d’urgence, la généralisation sur le territoire de téléphones d’alerte pour les femmes en danger et victimes de violences conjugales ou de viols… Par ailleurs, la main courante sans suite étant devenue le symbole d’appels au secours laissés sans réponse, un protocole élaboré par trois ministères (ministres des Droits des femmes, de l’Intérieur et de la Justice) a été envoyé aux préfets et aux procureurs pour mieux encadrer le dépôt de ces mains courantes.

Les agences régionales de santé (ARS) devront désigner des référents locaux pour renforcer les liens entre services de santé, de police et de justice. Un « kit de constatation en urgence » sera expérimenté dans plusieurs services d’accueil des urgences pour effectuer des prélèvements en cas de viol. Un « véritable parcours de soins » sera proposé à chaque victime. En cas de violences conjugales, des mesures seront activées pour désolidariser les comptes et les dettes des conjoints.

Les réactions sont mitigées : le mouvement Ni putes, ni soumises réclame une loi-cadre et davantage de moyens et estime que ces mesures manquent de courage politique ; Osez le féminisme reproche au texte de ne pas y faire figurer la prostitution ; l’association Paroles de femmes interpelle la ministre en vidéo : 21 appels passés en vain pour faire héberger une femme, et dénonce le décalage entre « jolis discours » et « réalité du terrain ». Le Planning familial déplore que la prévention en amont, notamment à l’école, soit trop absente.

En somme, citoyens conscients et professionnels bien formés devraient pouvoir rompre cette chaîne infernale. Ce ne sera pas suffisant si une réelle volonté politique ne s’affirme pas dans la durée.