N° 638 | du 17 octobre 2002 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 17 octobre 2002 | Réalisation : Richard Martin et le professeur Pierre H. Tremblay

Violence ! Prévenir de toute urgence

Katia Rouff

Production : CECOM - Hôpital Rivière-des-Prairies et Service de santé publique, Université de Lille 2, (2002 40 mn)
Distribution
Fondation de France
40, avenue Hoche
75008 Paris
Tel. 01 44 21 31 22

Thème : École

Prévenir la violence dès l’école primaire ? Comment ? Ce film nous livre quatre témoignages. Quatre écoles qui apprennent aux enfants à la combattre. En douceur.

« Il faut vraiment comprendre qu’aujourd’hui la violence est un problème de santé publique », souligne le directeur général de la santé, Lucien Abenhaim. En effet, physique, verbale, psychologique, la violence marque ses victimes dont certaines peuvent être aussi, à d’autres occasions, auteurs. « Trop de personnes en sont les témoins silencieux et inactifs. La violence réclame une mobilisation précoce pour y faire face et la surmonter, avant de devenir un mode de réponse banalisé chez les jeunes », préconisent les réalisateurs du reportage. L’école, est, à côté de la famille, un des lieux éducatifs les plus favorables au développement et à l’expérimentation précoce des compétences indispensables pour de bonnes relations à l’autre.

Quatre témoignages enthousiastes

« La violence ça sert à rien, on peut très bien régler les problèmes par la parole », annonce très convaincue Hidja, une élève de Roubaix. Le programme « Mieux vivre ensemble » [1] s’adresse aux élèves du CM2. A partir d’une situation vécue - où qu’ils pourraient vivre - (racket, racisme, drogue…), les enfants discutent par petits groupes, mettent en scène et jouent la situation devant la classe. Ils réfléchissent ensemble aux réactions des personnages. « Il s’agit d’apprendre à faire des choix et à dire « non » », indique Laurence Copin, la directrice. L’enfant développe la confiance en lui qui lui permettra d’avoir des conduites différentes. Il apprend aussi à décrypter ses émotions, celles de l’autre et à s’appuyer sur un réseau relationnel qui l’aidera à gérer les situations qui le dépassent.

A Genève (Suisse), l’Institut de santé de la jeunesse [2] soutient un programme d’apprentissage à la résolution des conflits par la médiation entre des élèves de 6 à 11 ans. Les enfants qui le souhaitent suivent une formation et deviennent médiateurs. Ecouter et respecter le point de vue de l’autre tout en faisant valoir le sien, apprendre à réfléchir à ses actes, réguler les tensions et les conflits… nécessitent un contrôle de soi qui s’acquiert peu à peu dans l’expérience quotidienne et sous la supervision d’adultes motivés. « Il faut discuter et trouver des moyens d’arrangement… la violence ça aggrave plutôt les choses », exprime la petite Adifete.

A Béziers, l’école associative franco-occitanne [3] pratique la pédagogie institutionnelle, ses principes coopératifs, ses temps et lieux d’échanges et de régulation entre élèves et avec les adultes. Tout peut se dire dans le respect réciproque. Les droits et les devoirs sont clairement exprimés et chacun veille à leur respect. Quand un enfant fait une erreur, les élèves en discutent et lui donnent leur avis : « Ce n’est pas évident mais on assume nos actes », explique Margot. « Le conseil de classe a des lois qui le protège. Ce qui s’y dit, ne sort pas de la salle », précise Xavier Ferré, l’enseignant. Les parents sont associés étroitement et activement au projet éducatif de l’école ; ils en apportent le prolongement et en renforcent les messages.

A Montréal (Québec), la prévention précoce de la violence est reconnue et pratiquée depuis de longues années. Avec le programme « Contes sur moi » [4] l’élève, grâce à ses camarades, découvre ses qualités. L’accent est mis sur la connaissance, l’attention et le respect porté à l’autre, le renforcement de l’estime de soi, le développement de qualités altruistes… autant de facteurs importants dans la résolution des conflits. « Des petits exemples au quotidien nous montrent que ça marche, les enfants cherchent des solutions aux problèmes », se félicite Martine Vidal, intervenante en prévention de la violence.

Ces initiatives bénéficient déjà de suffisamment de recul pour apprécier leurs effets positifs sur les ambiances en classe. Les conflits, qui font partie de la vie, n’ont certes pas disparu mais ils ont perdu en intensivité et durée. Chaque intervenant s’accorde à dire que la prévention de la violence doit commencer dès l’enfance. Des expériences qui feront école ?

[1] CHRU, Hôpital Calmette, Professeur Jacques Fortin, Service d’Epidémiologie et de Santé Publique 59037 Lille cedex. Tel. 03 20 44 55 18. mail : jfortin@mailsc.univ-lille2.fr

[2] Institut de Santé de la jeunesse, Docteur Paul Bouvier - 11, rue des Glacis - Case Postale 3682 1211 Genève 3 - Suisse. Tel. (41) 22 787 61 50. mail : paul.bouvier@etat.ge.ch

[3] Ecole Calandreta Ametlier, Patrice Baccou - 7, rue Franklin - 34500 Beziers. Tel. 04 67 30 11 97. mail : patrici@libertysurf.fr

[4] Direction de la Santé publique de Montréal Centre, Jean Bélanger, - 1301 rue Sherbrooke est Montréal, Québec - Canada, H2L IM3. Tel. (514) 528 2400, poste 3413. mail : jbelange@santepub-mtl.qc.ca