N° 1085 | du 6 décembre 2012

Faits de société

Le 6 décembre 2012

Une morale laïque à l’école ?

Joël Plantet

Enseigner la morale comme on enseigne la grammaire ? La « morale laïque » est-elle un concept poussiéreux ? « Il faut reconstruire entre les enfants de France du commun », affirme le ministre de l’Éducation.

À la dernière rentrée scolaire, le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, a annoncé des cours de « morale laïque » dès la rentrée 2013, qui deviendrait ainsi une discipline à part entière, donc notée. Parlant de « morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison », de « capacité de raisonner, de critiquer, de douter » devant s’acquérir à l’école, et évoquant même le « redressement intellectuel et moral » du pays, il déclencha une certaine émotion.

Certes, enseigner la connaissance, la solidarité, la laïcité, l’égalité entre filles et garçons est infiniment plus sympathique que de transmettre les valeurs de l’argent ou de la concurrence. De même, la laïcité, fait l’objet de polémiques régulières (produits halal à la cantine, mamans voilées lors de sorties scolaires…). Quelques mois plus tôt, le ministre précédent, Luc Chatel, et le Haut conseil à l’intégration (HCI) avaient d’ailleurs installé une mission Pédagogie de la laïcité en vue de fournir aux personnels éducatifs « les outils conceptuels et pédagogiques nécessaires pour mieux s’approprier le principe ».

Certes, le Conseil national de la Résistance fut capable de porter de puissants concepts de solidarité sociale ou d’universalisme… Pétrie d’idéaux de progrès, de raison et d’émancipation, la notion de morale laïque fleure bon la IIIe République, s’affirmant à l’époque en opposition au conformisme clérical. Mais aujourd’hui ? En quoi la « morale laïque » excéderait le périmètre de l’instruction civique ? Pour le ministre, il s’agit « d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel »…

L’État doit-il se mêler de morale ?

Vincent Peillon et George Pau-Langevin, ministre chargée de la Réussite éducative, s’étaient déjà adressés aux personnels de l’Éducation nationale le 26 juin : « Ensemble, nous devons redonner le sens, rétablir le respect, et reconstruire un idéal. » Les deux ministres y réaffirmaient quelques idées fortes : l’école primaire comme « première priorité », les évaluations à centraliser davantage au niveau national, un socle commun « de connaissances et de compétences » à repenser, un collège unique intégrant des approches pédagogiques différenciées, une réforme du lycée rétablissant, entre autres, l’enseignement de l’histoire dans toutes les terminales…

En outre, étaient notifiées plusieurs autres volontés : faire de la voie professionnelle une filière de réussite, réaffirmer l’importance de l’enseignement des langues, du sport scolaire, fournir des moyens supplémentaires pour la scolarisation des élèves en situation de handicap ou lutter contre le décrochage scolaire.

Une mission a donc été nommée, avec trois objectifs : cohérence depuis le primaire jusqu’à la terminale, évaluation, formation des enseignants dans les écoles supérieures de l’éducation et du professorat annoncées pour la rentrée 2013. Trois experts, historien, conseiller d’État, universitaire, rendront leurs conclusions fin mars. Elles devraient déboucher sur une refonte des programmes, réorganisant l’instruction civique et morale (école primaire), l’éducation civique (collège) et l’éducation civique, juridique et sociale (ECJS) du lycée.

Nombre de professeurs – en première ligne ceux de français ou d’histoire – travaillent depuis longtemps à l’éveil des consciences citoyennes, ou à la fabrication de l’argumentation. En outre, en abordant de front les notions de bien et de mal, les heurts avec d’autres religions sont prévisibles. Et puis l’État doit-il se mêler de morale ? Ou, au contraire, cette morale laïque peut-elle faire rempart face au communautarisme ? Attendons les idées de mars.