N° 1178 | du 4 février 2016

Faits de société

Le 4 février 2016 | Joël Plantet

Une France malade de son mal logement

Le 21e rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement ressemble tristement aux précédents : l’état des lieux est catastrophique, par manque de volonté politique.

L’impact du mal logement sur la précarité de l’emploi ou la recomposition des familles avait déjà été étudié dans les précédents rapports de la Fondation Abbé Pierre (FAP). Cette année, celle-ci détaille en profondeur les nombreux liens du mal logement avec la santé. En effet, les maladies respiratoires, les allergies, la dépression sont, entre autres affections, largement favorisées par l’absence de domicile ou par l’insalubrité, la précarité énergétique, l’indignité des logements. « Les carences des politiques de logement et de santé s’alimentent mutuellement et sacrifient les personnes les plus vulnérables, en particulier celles qui souffrent de troubles psychiatriques », dénonce le rapport de la Fondation, présenté le 28 janvier et sobrement intitulé L’état du mal logement en France.

Les chiffres concernant les expulsions sont terribles, de même que la mortalité néonatale dans les bidonvilles (x8 par rapport à la moyenne), le nombre d’enfants sous-vaccinés (ou parfois sur-vaccinés) La réforme de la psychiatrie, sa désinstitutionalisation, ont vu baisser le nombre de lits d’hospitalisation, en quelques années, de 120 000 à 50 000 lits, ce qui se répercute dans la rue. Pour Manuel Domergue, chargé des études à la FAP, il s’agit maintenant « d’agir avec d’autres acteurs », le non ou mal logement étant devenu, comme jamais, une question de santé publique.
Les solutions se déclinent pour partie en matière de structures à bas seuil, de multiplication des équipes mobiles psychiatrie précarité (EMPP), de programmes tels Un chez-soi d’abord qui, depuis 2010, a fait la preuve que la situation psychiatrique ne déterminait pas la réussite ou non du relogement.

Outre cet aspect principal, la Fondation a consacré un chapitre à la lutte contre la ségrégation urbaine, et ses effets pervers potentiels, par exemple la pénalisation de ménages à bas revenus qui se voient refuser un relogement pour cause de mixité sociale… La colère se retrouve dans les urnes du côté de l’extrême-droite ou dans l’abstention, prévient la FAP en insistant sur cette dimension politique. Annoncé lors du Comité interministériel de la Ville du 5 mars 2015 comme une réponse au « risque d’apartheid à la française », le projet de loi Égalité et citoyenneté devrait être présenté en conseil des ministres « fin février ou début mars » et au Parlement avant l’été… À un an environ de la prochaine élection présidentielle, une politique du logement « cohérente et ambitieuse » doit donc impérativement être menée, rompant avec cette politique « des petits pas ». Car si des avancées ont eu lieu – chèque énergie, abrogation de la loi répressive sur les Gens du voyage, maintien de l’aide personnalisée au logement (APL) en cas d’expulsion –, celles ci restent « disparates, partielles, timides ».

Et la régulation du marché de l’immobilier reste un « point très faible », de même que sont à déplorer de graves renoncements, comme celui touchant la garantie universelle des loyers (GUL).

Le droit au logement opposable (DALO, en place depuis le 1er janvier 2008) concerne maintenant presque 500 000 personnes, le nombre de dossiers déposés auprès des commissions se chiffrant à la hausse, tandis que le taux de refus connaît un accroissement phénoménal (48 %). Le secteur de l’hébergement reste en tension persistante. En somme, pour l’heure, tous les tableaux de bord et les chiffres surlignent « la dégradation alarmante de nombreux indicateurs, qu’il s’agisse du nombre de personnes sans domicile, en précarité énergétique, en effort financier excessif ou en hébergement contraint chez des tiers ». Actuellement, résume la FAP, notre pays signe « son inhumanité envers les plus fragiles ».