N° 1004 | du 3 février 2011

Faits de société

Le 3 février 2011

Un rapport « noir » sur le mal logement

Joël Plantet

À quand une politique du logement « juste, ambitieuse et protectrice » ? Dans sa seizième édition, le rapport de la Fondation Abbé Pierre pointe une nouvelle dégradation alarmante, et en fait un enjeu présidentiel.

Combien faudra-t-il d’alertes ? Début janvier, l’insoupçonnable Insee faisait les comptes du mal logement (en s’appuyant sur des critères différents de ceux des grands réseaux) : à la fin des années 2000, le pays comptait 250 000 personnes sans domicile ou en hébergement précaire, alors que près de trois millions habitaient des logements sans confort… Simultanément, le Conseil national des villes (CNV) avait plaidé pour « une politique du logement socialement et territorialement équitable ». Pointant un objectif de mixité sociale mis à mal et «  sa plus vive inquiétude quant à l’évolution du positionnement du logement social  », il préconisait l’application effective du Dalo et le développement de l’accompagnement social.

Présenté le 1er février, le seizième rapport de la Fondation Abbé Pierre (FAP) sur l’état du mal logement est, comme chaque année, précis et alarmant. Les chiffres sont paroxystiques : au moins dix millions de personnes sont touchées par la crise du mal logement ; 3,6 millions sont non ou très mal logées, plus de cinq millions se trouvent en situation de « réelle fragilité » se traduisant souvent par l’expulsion locative… Hors demande de mutation, 1, 2 million de ménages étaient en 2010 en attente d’un logement social ; un million de ménages sont en situation de surpeuplement ; le nombre de ménages en situation de précarité énergétique se monte à au moins 3,4 millions…

Combattre et prévenir les facteurs d’exclusion et d’inégalités pour en finir avec le mal-logement

« Il est temps de sonner l’heure d’une mobilisation générale », tempête la FAP. Les solutions sont connues et les propositions se répètent : production de logements en nombre suffisant, donc massive – abaissement des coûts de construction, 500 000 logements à produire annuellement –, nomination d’un ministre de plein exercice sur la question… Deuxième mot d’ordre, «  maîtriser les prix et réguler les marchés  », redéfinir les conditions d’octroi des aides au logement, prévenir la précarité énergétique, encadrer les loyers, protéger les ménages vis-à-vis du crédit immobilier, lutter contre les discriminations dans le logement… Tertio, « construire une ville de qualité, équitable et durable » en renforçant une loi SRU (construction de logements sociaux par les communes) mise à mal, avec un plan d’action ambitieux pour les banlieues et un nouvel élan pour la politique de la ville, en répartissant autrement les ressources fiscales entre territoires et en engageant une politique urbaine «  globale et spécifique » pour Paris et l’Ile-de-France.

Enfin, la quatrième piste entend « combattre et prévenir les facteurs d’exclusion et d’inégalités pour en finir avec le mal-logement » : il s’agira là, devant un phénomène qui n’est plus «  à la marge du fonctionnement de notre société », de réaffirmer la primauté de la prévention et le soutien précoce à toute démarche d’insertion. La FAP rappelle la nécessité d’allouer aux associations et aux opérateurs des moyens adaptés pour mener à bien leur action auprès des publics, de réhabiliter le parc social existant, de donner au secteur de l’hébergement comme à celui de l’urgence des moyens adéquats. Incontestablement, conclut la fondation, la crise a créé de nouvelles fragilités par rapport au logement, touché davantage les classes moyennes jusqu’alors plutôt protégées, tandis que, dans le même temps, la solidarité nationale fait défaut et que les difficultés sont « privatisées ».

Mais l’écrit se veut surtout un point de départ à un débat national pour une politique du logement, débat qui devrait se mener toute cette année et rappeler aux présidentiables qu’il s’agit d’un des thèmes majeurs du moment. En les interpellant.