N° 882 | du 24 avril 2008

Faits de société

Le 24 avril 2008

Un paysage familial en mutation

Joël Plantet

Banalisation des naissances hors mariage, explosion du pacs, grossesses de plus en plus tardives : le paysage de la famille a changé. L’espérance de vie augmente régulièrement. Le récent cafouillage autour de la carte Famille nombreuse a souligné l’impératif de lutte contre la précarité

La cacophonie autour de la carte Famille nombreuse – créée en 1921, bénéficiant à 2,2 millions de familles et dont la suppression a été annoncée avant un sauvetage in extremis – a récemment démontré les embarras d’un gouvernement pour dessiner une politique familiale plus juste. Il a fallu le tollé soulevé chez les associations familiales refusant le désengagement de l’État, pour que le président de la République opère un prudent revirement. L’État continuera finalement de verser la subvention annuelle (70 millions d’euros cette année) à la SNCF. Une réflexion est même engagée pour étendre le bénéfice de la carte aux familles « modestes » monoparentales de deux enfants (en trente ans, la part des couples ayant deux enfants est passée de 25 % à plus de 40 %).

Le chef de l’État donnait ainsi, mieux vaut tard que jamais, un semblant de consistance à la nouvelle orientation donnée par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) de renforcer la lutte contre la pauvreté, avec objectif de réduction d’un tiers de son taux en cinq ans. Les associations familiales, celles d’usagers des transports et la SNCF doivent réfléchir à des mesures avec la secrétaire d’État à la Famille, Nadine Morano.

Créé en novembre 1999, le pacte civil de solidarité attirent de plus en plus de couples

Le taux de natalité en France (presque deux enfants par femme) est un des plus hauts d’Europe : 816 500 naissances enregistrées en 2007 (pour 526 500 décès). Le vieillissement de la population se poursuit toutefois : le nombre de personnes âgées de 60 à 64 ans croît de 9 % l’année dernière, alors que la proportion des moins de 20 ans passe, pour la première fois, sous la barre des 25 % (même si, depuis 2000, leur nombre continue de progresser).

Deux tendances caractérisent les dernières naissances : d’une part, elles deviennent majoritaires hors mariage (là aussi, une première) ; d’autre part, la part des enfants nés de mère de nationalité étrangère a progressé, passant de 9,6 % en 1997 à environ 12,6 % ces deux dernières années (même si globalement la part des couples mixtes continue de diminuer). Par ailleurs, le premier mariage a lieu toujours plus tardivement (en à peine cinq ans, il a augmenté d’une année). Les mariages entre deux célibataires sont de moins en moins nombreux, leur part se réduisant au profit des remariages [1].

Crées en novembre 1999, les pactes civils de solidarité (Pacs)attirent de plus en plus de couples ; s’ils imposent aux partenaires une aide « mutuelle et matérielle », ils peuvent être rompus par simple déclaration. Dans cette presque décennie, plus de 350 000 pacs ont été déclarés ; près de 73 000 avaient été contractés pour les trois premiers trimestres de 2007, la progression se poursuivant au rythme de + 25 %. Leur taux de rupture se maintient au même niveau : à la fin du troisième trimestre de l’année dernière, 13 % des pacs signés depuis 1999 avaient été dissous, et l’indicateur de rupture des pacs n’est pas fondamentalement différent de celui de la « divortialité ».

Bref, ce type d’union est devenu banal, et les idées reçues en prennent pour leur grade : ainsi, la part des couples homosexuels est-elle devenue très minoritaire, passant de 25 % en 2002 à 7 % ces deux dernières années… On sourit aujourd’hui de la passion qui avait accompagné les débats lors de sa mise en place à la fin du siècle dernier : Christine Boutin brandissant une bible dans l’hémicycle en évoquant des « ruptures kleenex » ; d’autres députés de droite dénonçant des « contrats de bon plaisir » ou parlant de déposer un amendement permettant de se pacser avec son chien…

L’espérance de vie augmente de trois mois par an, pour les femmes (84,4 ans) comme pour les hommes (77,5 ans). Le taux de mortalité infantile, lui, est de 3,8 pour 1 000, comme les deux années précédentes. Enfin, le solde migratoire de la France est estimé par l’Insee à 71 000 personnes, « en retrait par rapport aux années précédentes où il évoluait plutôt autour de 100 000 personnes »…


[1Bilan démographique 2007 - Des naissances toujours très nombreuses, Insee Première n°1170 (janvier 2008)