N° 669 | du 12 juin 2003 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 12 juin 2003

Un amour de ZUP

Katia Rouff

Contact : Mathieu Prudhomme, coordinateur de l’action. Il copie le film gracieusement contre l’envoi d’une cassette vidéo.

Régie de quartier
10, rue de la Pérouse
41000 Blois
Tel. 02 54 42 25 52
mail : regie.blois@cnlrq.org

Thème : Entreprise d’insertion

Avec la réalisation du feuilleton « Un amour de Zup », les habitants et la régie de quartier de Blois décident de redorer l’image de leur quartier. Une aventure collective récompensée par le trophée de la démocratie participative.

Ce n’est ni Friends ni Les feux de l’amour. Pourtant c’est un feuilleton. Sauf que c’est bien. Les personnages sont de vrais habitants d’un quartier de Blois situé en ZUP. Ils ne jouent pas leur rôle, mais celui de Jean qui « a fait la guerre d’Algérie » et voit d’un œil méfiant s’installer une famille algérienne dans l’immeuble, de Mamie la vieille voisine qui sait remonter les bretelles aux enfants qui font des bêtises, de Zoubida, la confidente de tout le monde, du gardien pas toujours sympa, d’Anna une adolescente qui rêve de faire du théâtre et sèche les cours en inquiétant sa mère…

Toute une galerie de personnages bien construits et souvent drôles que l’on retrouve avec plaisir au fil des épisodes du feuilleton « Un amour de Zup ». Ce projet est né d’une initiative des habitants et de la régie de quartier de Blois. En 2001, dans le cadre du centenaire de la loi 1901, ils réalisent « La rencontre », une pièce de théâtre qui raconte la vie quotidienne dans les quartiers nord. La pièce est jouée par une cinquantaine de personnes de tous âges. Les ateliers de préparation deviennent des lieux de rencontre entre générations et cultures, professionnels et bénévoles des quartiers.

L’improvisation sur des thèmes tels que le rapport aux institutions, la citoyenneté, l’environnement… est le moteur des ateliers. Le conseil général a vent du succès de la pièce. Il demande au réalisateur Pierre Nivan d’en faire un projet vidéo dans le cadre des contrats verts. Il s’agit de filmer la vie des habitants au quotidien en parlant plus précisément de l’environnement et du cadre de vie. L’idée du feuilleton prend corps, les habitants écrivent des scénarios sous la houlette de Karen Brient, qui anime les ateliers d’expression. La jeune femme finalise l’écriture des scénarios, Pierre Nivant les réalise et les habitants les jouent.

Soixante habitants mobilisés par le projet

Soucis quotidiens, problèmes de voisinage, saleté dans les halls d’immeubles, joies, rencontres amoureuses, premier emploi, confidences entre copines… la vie, filmée dans les appartements des participants. Au fil des épisodes, les gens se connaissent mieux, un projet collectif tout simple né grâce à un groupe de femmes qui désirent égayer la cité. Elles achètent les fleurs, le voisin jardinier initie les enfants à l’art du parterre floral, c’est joli. Un pot est organisé, les gens font connaissance… Justes et nuancés, souvent drôles, les épisodes sont très bien écrits, mis en scène et filmés. Les acteurs - habitants sont impeccables et forcent l’admiration par leur naturel.

Une soixantaine d’habitants s’est impliquée dans la réalisation du projet : une trentaine d’adultes, une vingtaine d’adolescents et une dizaine d’enfants. Dans un joyeux making of familial on les voit passer d’un appartement à l’autre, raconter les bienfaits de l’aventure, les rires, la caméra dans la cage d’escalier minuscule, les liens, la convivialité que les tournages ont engendré. « Je suis ravie » résume une dame « ravie de voir le dynamisme de chacun, ravie de rencontrer les enfants. Ravie que nous soyons tous ensemble quelles que soient les générations et les cultures ». « Ca donne enfin une image positive du quartier », dit pour sa part la dame qui joue le rôle de Mamie.

Le film circule dans le réseau des régies de quartier avec succès, les habitants se démènent pour le diffuser dans les centres sociaux, bibliothèques, associations de quartier « pour dédiaboliser les quartiers nord de Blois » et faire connaître l’aventure collective et théâtrale. Le projet a reçu le trophée de la démocratie participative remis par la Fondation de France et le Conseil national des villes ainsi qu’une récompense de 7 500 euros. Les habitants veulent continuer à valoriser leur quartier et la vie associative, mais cette fois par une autre forme d’expression : le clip ou le court métrage.