N° 1171 | du 15 octobre 2015

Faits de société

Le 15 octobre 2015

Travail social en mouvement

Des États généraux officiels du travail social annoncés et reportés x fois, un malaise généralisé, la crainte d’un changement de logique affectant les fondamentaux… Dans ce paysage intranquille, de multiples frémissements se font sentir. Le travail social réussira-t-il enfin à devenir moins invisible ?

Robert Castel (1933 - 2013) nous a largement aidé à penser le travail social, Lien Social en sait quelque chose, qui l’avait fait piloter, en tant que rédacteur en chef invité, le numéro 1000 de la revue en janvier 2011. À Paris, un colloque le rappelle ce 16 octobre, intitulé hors saison mais joliment Printemps Robert Castel, hommage national. Les intervenants – professionnels de l’action sociale, étudiants, universitaires… – devaient y rendre compte des apports, suivant certains mots-clés du sociologue : effritement de la société salariale, désaffiliation, vulnérabilité, insécurité sociale, psychiatrie…

Les États généraux officiels se faisant attendre – prendront-ils la seule forme de la feuille de route annoncée pour fin octobre reprenant les points importants du rapport Bourguignon ? – et les inquiétudes n’étant pas encore dissipées, des États généraux alternatifs du travail social ont lieu ce même 16 octobre (programmée depuis longtemps, cette date n’a malheureusement pas pu être changée, nous a-t-on assuré) à la Bourse du travail de Paris, à l’initiative de six syndicats – CGT, FO, FSU, FA/FPT, Solidaires, UNEF – et d’un collectif, Avenir Éducs. Au programme : débats sur la fin des solidarités, l’abandon de l’État social, et conférence gesticulée sur « la financiarisation du social ». Des ateliers devaient approfondir la question des métiers, des statuts et des conventions collectives, celle de la décentralisation et des déclinaisons territoriales du travail social, et enfin traiter de l’évolution et de la nature même des tâches.

Mais surtout, des propositions d’action locales et globales étaient à l’ordre du jour : ainsi, celles d’Avenir Éducs, en termes d’ouverture d’une série de débat sur la marchandisation du travail social et sur ses conséquences sur les pratiques des professionnels et leurs conditions de travai. La première de ces rencontres aura lieu à Lille le 26 novembre prochain. Une «  carte des luttes  » sera réalisée au fur et à mesure et rendra visibles les luttes des professionnels sur l’ensemble du territoire, « afin de sortir de l’isolement, construire des demandes communes et se mettre en réseaux ». Un festival du travail social est également prévu, en date des 14 et 15 mai 2016, qui démontrera la richesse des pratiques, de la créativité au quotidien des acteurs de terrain, et mettra à l’honneur les professionnels « et les personnes concernées par le social ». L’événement se déroulera à Paris et en régions.

Une « carte des luttes » sera réalisée au fur et à mesure et rendra visibles les luttes des professionnels sur l’ensemble du territoire

Impérativement, le travail social doit gagner en visibilité. Le webdoc Vous avez dit social ? (Corinne Bondu, Ludovic Tac) sera mis en ligne le 10 novembre prochain, appuyé sur quarante petits films (entre trois et vingt minutes), après deux années d’élaboration (et de recherche de partenariats). « Réconcilier le travail social avec l’image », comme le soulignent les réalisateurs, un pari fou ? L’enjeu n’est pas mince. Au mois d’octobre, l’un des réalisateurs doit même intervenir sur cette question centrale à l’Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis). Nous reviendrons d’ici peu sur cette démarche foisonnante.

De nombreuses initiatives existent, et les travailleurs sociaux sont au poste : la web-radio Le Trottoir d’à côté recevait, le 30 septembre dernier, la députée Brigitte Bourguignon, auteure du rapport Reconnaître et valoriser le travail social. Une radio en plein développement : bientôt, elle pourra retransmettre en direct, des tchats entre auditeurs seront possibles, bref une fluidité technique sera plus affirmée. Question, là aussi, de visibilité du travail social.