N° 924 | du 9 avril 2009

Faits de société

Le 9 avril 2009

Service social et forces de l’ordre

Joël Plantet

Mariage de la carpe et du lapin ? Les intervenants sociaux s’installent dans les services de police et de gendarmerie. Pour quel partenariat ? À quoi servent donc ces « urgentistes de l’action sociale » ?

Àla fin des années 80, le rapport Belorgey avait mis en lumière le rôle « social » investi par les fonctionnaires de police à travers leurs interventions et via l’accueil des plaignants et des victimes. Dans la foulée, les premiers postes d’intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie étaient apparus. Fin 2005, on en comptait une vingtaine. Un an plus tard, une circulaire établissait un cadre de référence définissant leur rôle. Aujourd’hui, 118 professionnels se répartissent sur le territoire : 68 en commissariat, 33 en gendarmerie et 17 rattachés aux deux services, une grande majorité d’entre-eux étant implantée en zone urbaine sensible, en ayant pour employeur un conseil général ou une association.

La délégation interministérielle à la Ville (DIV) a voulu évaluer leur situation. À partir de l’échantillon significatif ayant renseigné un questionnaire, il apparaît que les postes sont tenus à 97 % par des femmes plutôt jeunes, que le diplôme d’assistant de service social est le plus représenté (6 postes sur 10), un bon nombre (42 %) de ces intervenants étant issus des services sociaux départementaux. Ils (elles) reçoivent en majorité plus de 300 usagers par an, leurs missions se résumant en six items : accueil, écoute active, soutien moral, diagnostic social, information sur les droits ou procédures, aide aux démarches administratives, auxquels viennent parfois s’ajouter conseil technique et médiation.

Souvent considérés comme des « urgentistes de l’action sociale », ils proposent des accompagnements à durée variable. Les deux catégories prioritaires de public auxquelles s’adressent ces intervenants sociaux – dont les bureaux sont souvent situés à proximité de l’accueil dans les services de police ou de gendarmerie – sont les personnes connaissant des difficultés sociales et celles qui ont un statut de victimes. Prépondérance des conflits intrafamiliaux (70 % des situations), mais aussi conflits de voisins ou problèmes socio-économiques sont leur pain quotidien.

L’identité professionnelle de l’intervenant social reste à consolider

Leurs statuts sont disparates : contractuels ou titulaires, rattachés à la fonction publique ou relevant du droit privé, avec des écarts de salaire importants. Si l’intégration au sein des forces de l’ordre – dont le turn over est toujours important – ne va pas de soi, elle semble se faire « de manière plutôt positive » sur un long terme, observe, optimiste, la DIV. Toutefois, un défaut de communication et de visibilité est noté. Un renforcement de la collaboration entre l’intervenant social et les autres professionnels (psychologues, permanences d’aide aux victimes) est préconisé. De manière générale, « l’identité professionnelle du métier d’intervenant social reste bel et bien à consolider. »

Plusieurs autres points sont énoncés : la prise en charge des personnes en difficulté doit être « plus précoce et plus cohérente », les relations entre services de police et de gendarmerie et services sociaux restent à améliorer, de même qu’une évaluation globale en termes d’impact est encore à mettre en place… À noter aussi que l’image des forces de l’ordre auprès des publics y gagne largement. Enfin, une réflexion sur la pérennisation des postes est à mener. Quelques pistes d’action sont énumérées : création d’outils de communication interne, consolidation et harmonisation de l’identité professionnelle, formations initiale et continue sur les spécificités de cette fonction, inscription des postes dans le droit commun… « De fait, le métier d’intervenant social peine à valoriser son “utilité sociale” », conclut la DIV.