N° 974 | du 27 mai 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 27 mai 2010

Samu social parisien : l’après grève

Marianne Langlet

Le printemps a été chaud à Emmaüs et au Samu social. Les deux structures ont connu leur première grande grève. Largement médiatisé pour Emmaüs, le mouvement du Samu social est resté beaucoup plus dans l’ombre

Les salariés d’Emmaüs revendiquaient de meilleures conditions de travail, en accord avec la philosophie fondatrice du mouvement. Lancée le 9 mars, la grève a abouti à la signature d’un protocole d’accord le 15 mars. Analyse des pratiques et supervision là où cela manquait encore, lancement d’une expertise par le CHSCT sur les difficultés rencontrées, revalorisation salariale, primes, transformation des CDD en CDI, mise en place d’un service social… Les avancées sont importantes.

A l’inverse, les salariés du Samu social de Paris ont eu bien du mal à se faire entendre. Débutée le 31 mars, leur grève s’est achevée par un protocole le 26 avril. Eux aussi ont obtenu la transformation des CDD en CDI, une petite revalorisation salariale, le paiement des heures supplémentaires, des primes, la mise en place d’un CHSCT, d’un service de médecine du travail, d’une cellule de soutien psychologique… Quelques avancées après de longs jours d’attente. La direction est restée près de quinze jours sourde à la grève. Elle touchait pourtant la plate-forme du 115, les maraudes, les deux centres d’hébergement d’urgence, les lits infirmiers… La médiatisation a également été beaucoup moins importante que pour Emmaüs. TF1 a même avoué en off aux grévistes que le sujet ne passerait pas. Politiquement trop sensible ? Impossible de révéler à la société l’envers du décor ?

Il est vrai que le Samu social est notre bonne conscience. En appelant le 115, nous pensons que l’homme qui dort au coin de notre rue sera mis à l’abri. Difficile d’apprendre que les salariés, souvent vacataires, sont mal payés : 1190 € net pour une animatrice de nuit, 1150 € pour un permanencier de jour ; qu’il n’y a pas de CHSCT, de convention collective, de possibilités de formation, de supervision, d’analyses des pratiques ; que l’un des deux centres d’accueil d’urgence est dans un état d’insalubrité extrême. Le bâtiment du centre Yves-Garel est en effet soumis depuis 2001 à un avis de démolition… « Nous avions tout : les fourmis, les cafards, les souris et depuis quelques mois cela devient invivable à cause d’une invasion de gros rats », témoigne Miren Béhaxétéguy, animatrice dans ce centre. Fils électriques qui pendent partout, chambres inondées quand il pleut, escaliers pourris… Comment ce centre peut-il accueillir des personnes dans ces conditions depuis près de dix ans ?

Le Samu social a un statut particulier : c’est un groupement d’intérêt public (GIP) depuis sa création en 1993. Or, ce statut est, en principe, destiné aux structures temporaires, expérimentales, censées – en cas de succès – être pérennisées. L’inspection du travail, sollicitée par les salariés d’Yves-Garel, a refusé d’intervenir en raison de ce statut. Absence de convention collective, impossibilité de CDI, le GIP est un no man’s land du code du travail. Les avancées obtenues par les grévistes pourront donc toutes être effacées à la fin du GIP, en décembre 2011. Sera-t-il permis au Samu social de relancer un nouveau GIP ? Les salariés espèrent bien que non. Un vœu voté au Conseil de Paris du 10 mai, présenté par le PCF, le PG et les Verts, soulevait, entre autre, la question du changement de statut pour le Samu social.

En attendant, les salariés ont repris le travail. Pour les SDF, rien n’a bougé. En toute illégalité, la direction a remplacé les grévistes par des bénévoles et des vacataires. Désormais, elle pénalise les vacataires grévistes. L’un d’eux, dont les vacations représentaient un plein-temps depuis plusieurs mois, n’a reçu que 20 heures pour le mois de mai.