N° 843 | du 7 juin 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 7 juin 2007

Retrouver les enfants disparus

Joël Plantet

Le nombre de fugueurs progresse tous les ans et les disparitions liées aux rencontres par Internet deviennent significatives. Une journée internationale de mobilisation a eu lieu sur la question. Les associations veulent des financements et se demandent si la France a les moyens de sa politique

Le ministère de l’Intérieur recense pour l’an dernier plus de 43 000 fugues (20 000 garçons et 23 000 filles, en hausse de 7 % par rapport à 2005), ainsi que 9 600 « disparitions inquiétantes » dont 522 mineurs. Pour des recherches plus efficaces, un numéro Azur SOS-Enfants disparus (0810 012 014) avait été créé à l’automne 2004. Conjointement géré par l’Institut national d’aide aux victimes (Inavem) et la Fondation pour l’enfance, cofinancé par les ministères de la Famille et de la Justice, il a traité près de 3 200 appels en 2006 alors qu’il en avait reçu moins de 2 000 l’année précédente.

La Fondation pour l’enfance, qui accompagne les familles jusqu’au retour de l’enfant fugueur, a ouvert l’an dernier 750 nouveaux dossiers, près de 40 % concernant des fugues et, pour un tiers, des enlèvements parentaux. Centrale dans le dispositif, la structure fait le lien entre les parents et les institutions tout en apportant son aide juridique. Tous les ans, s’alarme-t-elle, le nombre des fugueurs progresse d’environ 10 %. Qui plus est, les fugues liées aux rencontres par Internet viennent compliquer la donne.

La plupart des enfants en fugue ou disparus sont retrouvés dans les huit jours. Plus tôt la disparition est signalée, plus les chances sont importantes de retrouver l’enfant. Mais les moyens restent limités : le budget de la Fondation pour l’enfance est, par exemple, actuellement de 175 000 e, contre… quatre millions d’euros pour son équivalent belge, Child Focus. Les associations demandent que la France se dote, comme certains pays, d’une structure autonome, et réclament aussi la mise en place et le financement d’un numéro unique européen. La Commission européenne avait d’ailleurs annoncé en février la création d’un numéro téléphonique gratuit — le 116 000 — permettant en principe à partir de cet été de signaler les disparitions d’enfants dans toute l’Union européenne. Annoncé… mais pas encore mis en place.

Une des catégories préoccupant les associations est celle des enfants enlevés par l’un de leurs parents (380 en 2006 et 392 l’année précédente). Selon le Bureau de l’entraide internationale du ministère de la Justice, 280 auraient été emmenés dans un autre État. La coopération entre États pour lutter contre ces déplacements illicites est donc vivement recommandée. L’enlèvement parental vers l’étranger est en effet, pour les associations, « toujours un abus de pouvoir de l’adulte sur l’enfant. Il se situe le plus souvent au paroxysme du conflit conjugal et représente une forme de maltraitance »…

Le 25 mai dernier, une journée internationale des enfants disparus a voulu sensibiliser l’opinion

Plusieurs associations se sont emparées de cette question : l’Aide aux parents d’enfants victimes (APEV), par exemple, demande l’uniformisation des législations de la communauté européenne ; Manu association préconise la création d’une cellule autonome d’investigation départementale… Autrement spécialisé, SOS Enlèvements internationaux d’enfants demande le respect par les tribunaux des délais d’application des conventions internationales permettant d’obtenir le retour des enfants ; avec Child focus en Belgique et Aurora en Italie, l’association La Mouette a fondé, pour sa part, une fédération européenne pour enfants disparus… etc.

Célébrée pour la première fois en France en 2003, la Journée internationale des enfants disparus avait été proclamée en 1983 aux États-Unis. Le 25 mai dernier, cette mobilisation spécifique s’est donné pour objectif de sensibiliser l’opinion sur les dispositifs existants pour venir en aide aux familles. SOS-Enfants disparus a diffusé un clip télé et lancé une campagne d’affichage (70 000 affiches). Un rassemblement a été organisé à Paris avec lâcher de ballons ; des marches silencieuses et des rassemblements se sont déroulés dans différentes régions. Dans certains départements (comme le Lot-et-Garonne), des informations sur la prévention des disparitions ont été dispensées aux élèves des collèges et lycées.

Que ce soit dans le cadre d’une fugue, d’un enlèvement parental, d’une disparition accidentelle ou criminelle, la disparition d’un enfant laisse toujours un ou des parents en grand désarroi. Il s’agit alors de les accompagner, de les conseiller dans les procédures administratives et juridiques à engager, mais aussi de les informer de l’avancée des recherches en liaison avec les services de police et de gendarmerie. Ainsi, la Fondation pour l’enfance fait-elle en sorte que la famille concernée bénéficie d’un référent unique, intermédiaire de fait entre les différents acteurs (autorités centrales, parquet, services sociaux, avocats…).