N° 1003 | du 27 janvier 2011

Faits de société

Le 27 janvier 2011

Refonder la protection de l’enfance ?

Joël Plantet

Se proposant de traduire les inquiétudes et les aspirations des professionnels, un manifeste propose onze axes de changement sous forme d’appel en direction des pouvoirs publics et des politiques.

Que sont devenus les enfants en danger cinq ans après la fin de leur prise en charge ? En matière de protection de l’enfance, il existe un réel déficit d’évaluation… À cela s’ajoutent des insuffisances notoires dans la formation des professionnels, et le poids écrasant des normes oblitérant leur autonomie et leurs pratiques. À ce sévère constat de carences dressé par l’Observatoire de l’action sociale décentralisée (ODAS), les réponses attendues se conjuguent en pérennisation des moyens et en décloisonnements divers : social, médico-social et sanitaire, scolaire et insertion, social et pénal… Le 18 janvier à Paris, l’association nationale des assistants de service social (ANAS), l’organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES) et les organisateurs des quatrièmes assises nationales de la protection de l’enfance (tenues à Marseille les 28 et 29 juin 2010 LS n° 991) ont voulu lancer un appel aux politiques.

Les professionnels présents – Françoise Léglise et Jean-Marie Vauchez, respectivement présidents de l’ANAS et de l’ONES – ont confirmé une prévention mise à mal par des connotations sécuritaires, des coupes budgétaires drastiques, une avalanche législative, l’application lacunaire de la loi 2002, et des formations sociales en bouleversement… Dans les équipes, les groupes d’analyse des pratiques ont des difficultés à se mettre en place… En se prononçant joliment pour une « éducation durable », le porte-parole de l’ONES a insisté sur les ruptures et les discontinuités dans les prises en charge.

Faire de l’évolution des pratiques l’objectif premier

Onze points d’exigences ont été déroulés : la relation des professionnels aux familles doit se rénover pour aboutir à une co-construction des réponses, avec « une reconnaissance continue et réciproque, le recours à un langage partagé, le refus du concept d’usager au profit de celui de parent  ». Une plus forte implication territoriale et des actions collectives devraient favoriser une interaction entre l’environnement et la famille. Concernant la formation, il s’agit désormais de « faire de l’évolution des pratiques professionnelles l’objectif premier » et de favoriser la complémentarité, mais aussi la prise de risque. L’accueil en établissement doit être lui aussi rénové en profondeur ; plus largement, une « réelle impulsion à dimension stratégique » pourrait être donnée au travail social. Il est également recommandé de « veiller à une plus grande cohérence de la décision publique » par une évaluation de chaque dispositif et une gestion des ressources humaines «  propres au travail social ».

Autres idées : mettre en place des espaces éthiques, où l’on puisse, entre professionnels, évoquer des initiatives adaptées ; améliorer l’orientation et l’intervention par l’observation des parcours d’enfants ; donner une nouvelle impulsion au partenariat en s’appuyant sur ces « structures de travail partagées » prévues par la loi du 5 mars 2007 et prévoyant la coopération entre professionnels… Par ailleurs, la protection de l’enfance doit être pensée au plus haut niveau comme impliquant toutes les politiques publiques, en particulier celles touchant à la prévention des risques sanitaires, à la santé mentale et à la pédopsychiatrie (dont la représentante de l’ANAS a rappelé à quel point elle souffrait…). Une dernière proposition préconise la sensibilisation de l’opinion sur la question de l’enfance afin d’impliquer davantage la société et de consolider le maillage social. Ce texte sera envoyé aux conseils généraux et probablement aux assemblées parlementaires. Via leurs organisations respectives, les professionnels devraient en entendre parler…