N° 1096 | du 7 mars 2013

Faits de société

Le 7 mars 2013

Redonner espoir à la jeunesse

Joël Plantet

Indicateur parmi d’autres soulignant la gravité de la situation, le taux de pauvreté des 18-24 ans est de 22,5 % (40 % dans les zones urbaines sensibles) contre 13,5 % dans le reste de la population. Le plan jeunesse va-t-il corriger quoi que ce soit ?

Le 21 février, le Comité interministériel de la jeunesse (CIJ) dévoilait sa panoplie : quarante-sept mesures, transversalement élaborées par vingt-quatre ministères sous la houlette de Valérie Fourneyron, ministre en charge de la Jeunesse. Prometteur. Principales nouveautés : un service régional de l’orientation (dont le périmètre sera précisé lors de la prochaine loi sur la décentralisation, présentée en principe au Conseil des ministres fin mars), l’expérimentation d’une « garantie universelle des risques locatifs » – mise en place en septembre sur dix territoires –, et une politique de testing pour combattre les discriminations en matière d’accès à la formation, à l’emploi, au logement. Les grandes intentions se voyaient réunies en quatre principes : privilégier le droit commun, l’autonomie des jeunes, leur participation au débat public, lutter contre les inégalités. Un délégué interministériel suivra les treize chantiers prioritaires : formation, culture, emploi, santé, etc.

Le CIJ se réunira désormais tous les ans avec une mission d’évaluation, d’éventuel ajustement, voire d’arrêt de certaines mesures. En amont, un rapport annuel sur la jeunesse sera produit par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep). Le CIJ, créé en 1983, ne s’était réuni que… quatre fois (une fois dans les dix dernières années, deux fois depuis 1990)…

Certes, quelques mesures avaient précédemment été prises depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande : emplois d’avenir et contrats de génération, montée en puissance du service civique, blocage de loyers dans certaines zones, ou encore contraception pour les mineures de 15-18 ans. Mais, voulant franchir une étape, le CIJ espère ambitieusement passer « d’une approche sectorielle à une politique globale et cohérente », avec participation des jeunes. Comme dans d’autres domaines (politique de la ville, lutte contre l’exclusion…), en finir avec « l’empilement des dispositifs illisibles ». Chiche.

40 % des chômeurs sont des jeunes

Malheureusement, les moyens ne sont pas tellement ambitieux et nombre de ces mesures avaient déjà été annoncées dans d’autres comités interministériels… Certaines paraissent velléitaires, comme cette idée de revenu étudiant, vaguement « à l’étude »… Restant sur sa faim, la Fnars ne croit pas que ces annonces suffiront à inverser une « tendance dramatique » ; l’Unhaj restera « très attentive au déploiement de ces mesures ». Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se félicite, lui, de la création de centres de santé dans les universités ou de l’accès renforcé aux complémentaires pour les jeunes ; l’Anacej se réjouit du côté transversal de cette politique.

Côté syndicats, la CGT rappelle que ce caractère interministériel ne masque pas les choix économiques de ce gouvernement, qui ne permettront pas grand changement ; les syndicats estiment que la proposition RSA Jeune est restée sans réponse… La CFTC se réjouit d’un « objectif formation emploi » permettant « à 20 000 jeunes décrocheurs d’accéder à la formation dès 2013 ». Mais elle observe que des solutions durables d’intégration restent encore à trouver.

« Comment peut-on admettre que 40 % des chômeurs soient aujourd’hui des jeunes, que la moitié des personnes pauvres ait moins de trente ans, qu’un million de jeunes vivent sans formation ni emploi ? », a interrogé le Premier ministre à l’issue du Comité interministériel de la Jeunesse. Certes. Toute l’ampleur du problème est là. Il faudra une réelle volonté politique. Les grands mots – « pacte de confiance avec les jeunes », « promesse républicaine pour la jeunesse », « vision renouvelée d’une politique de jeunesse »… – n’y suffiront pas.