N° 1169 | du 17 septembre 2015

Faits de société

Le 17 septembre 2015 | Laetitia Delhon

Rapport Bourguignon : mission déminage accomplie

Très attendu sur la question des diplômes, le rapport Reconnaître et valoriser le travail social écarte une refonte mais recommande un « socle commun » dans la formation. Plus largement, il dessine les possibles contours du travail social de demain.

Missionnée par Manuel Valls face à l’enlisement des États généraux du travail social (EGTS), la députée Brigitte Bourguignon a remis son rapport le 2 septembre. Il y eut d’abord la forme : une grande conférence de presse, une pluie de ministres, dont le plus éminent devant 200 professionnels et étudiants, de nombreux discours rendant « hommage » aux travailleurs sociaux. Mais aussi, incongrue, une bande dessinée distribuée en support : pour détendre l’atmosphère ? « La présence du premier ministre signifie peut-être le début d’une réflexion sur la place du travail social dans les grandes questions de société et donc sur la doctrine, toujours inexistante », réagit Jean-Marie Vauchez, président de l’ONES. « Cela nous a rassuré sur l’importance de notre mobilisation : elle a un sens et un effet, celui de montrer que le travail social est un enjeu politique », estime Sylvère Cala, du collectif Avenir Éducs. « Ces discours solennels valorisant le travail social sont positifs », poursuit encore Anne-Brigitte Cosson, présidente de l’ANAS.

Aux « passeurs de lien » en plein « désarroi », Manuel Valls a donc voulu adresser un message de « confiance » et « d’exigence pour rénover les pratiques, renforcer les moyens ». Certes, mais comment ? Voilà donc le fond et les 23 propositions d’un rapport qui joue la carte de l’apaisement. Car, très attendue sur la question des diplômes, Brigitte Bourguignon a bien mesuré « dans quelle panade elle était », résume un professionnel. En recommandant de « conserver la dénomination des diplômes d’État tels qu’ils figurent au Code de l’action sociale et des familles », elle enterre l’option initiale de la Commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC), qui avait cristallisé les tensions. Elle propose ensuite d’instaurer un socle commun de compétences, « incarnation de l’identité du travailleur social », d’harmoniser les contenus, d’élaborer un référentiel d’évaluation et d’actualisation des compétences pédagogiques et encore de clarifier les fonctions des formateurs.

Autre point attendu, la revalorisation salariale et la reconnaissance des diplômes au grade de licence : prudente, elle recommande de « poursuivre les travaux » dans « le contexte nouveau de la perspective du reclassement des travailleurs sociaux de niveau III en catégorie A de la fonction publique », actuellement soumis à signature syndicale. Enfin, plus largement, le rapport invite à « un choc de simplification » des politiques sociales et à la création d’une délégation interministérielle du travail social et de l’intervention sociale. « Sur la refonte des diplômes, le rapport est un soulagement, sur le grade de licence, un espoir », résume Anne-Brigitte Cosson. « Il y a eu une écoute, mais nous restons vigilants, car ce document, très centré sur la formation, évoque peu les employeurs, ni la financiarisation du social qui approche à grands pas », estime Sylvère Cala.

Prochaine étape : « un plan d’action » élaboré d’ici « fin octobre » par la ministre de la santé Marisol Touraine et Ségolène Neuville – chargée du handicap et de la lutte et l’exclusion. Fera-t-il date ? La référence à la circulaire de Nicole Questiaux de 1982, ce 2 septembre 2015, était sur toutes les lèvres ministérielles. Référence noble, mais 33 ans après, le « désarroi » est bien là. Et l’écho médiatique du rapport Bourguignon, proche du néant. « L’enjeu politique » du travail social doit donc encore gagner ses galons et les professionnels, eux, veulent retrouver du souffle. Dès lors, occasion ratée ou rampe de lancement pour l’avenir : les États généraux du travail social livreront bientôt leur verdict.