N° 829 | du 22 février 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 22 février 2007

Quel dialogue social pour les chômeurs ?

Joël Plantet

Postulant que les exclus du travail le sont aussi des débats qui les concernent, deux associations ont invité patronat et syndicats à rencontrer les chômeurs et à entendre la réalité de leur vie quotidienne. Ces témoignages se sont accompagnés, bien sûr, d’un certain nombre de revendications.

Le 8 février, un collectif revendiquant d’Autres chiffres du chômage (ACDC, composé d’associations de chômeurs et de syndicats) exigeait de l’Insee la publication d’une enquête Emploi 2006, initialement prévue pour ce mois de mars mais renvoyée à l’automne. Convaincu d’un report politique pour masquer de mauvais chiffres, ACDC s’interroge : « Les politiques menées ces dernières années ont-elles fait reculer le chômage de plus de 10 % [pour l’année 2006, ndlr] comme l’affirme le gouvernement ou ont-elles surtout accentué la pression sur les chômeurs en les dissuadant de s’inscrire ou de se réinscrire à l’Anpe ? »…

En effet, l’optimisme gouvernemental est-il de mise ? Chez Moulinex, un plan social avait laissé sur le carreau en 2001 plus de mille salariés, dont six cents demandent aujourd’hui réparation devant le tribunal (jugement le 11 septembre prochain). Le plan de restructuration d’Alcatel - Lucent concerne 10 % de l’effectif mondial, soit 9000 salariés (dont 1500 en France)… Les récents débrayages ont confirmé la menace pour les personnels d’Airbus de voir disparaître quelque dix mille emplois en Europe… À peine nommé chez Peugeot-Citroën, le nouveau PDG annonce des charrettes ; selon la CFDT, trois à quatre mille emplois seront supprimés dans la filière automobile (700 000 salariés) chaque année pendant les quatre ans à venir… Pendant ce temps-là, le CAC 40 se maintient à ses plus hauts niveaux.

Il y a un an, « la rue » obtenait le retrait du contrat première embauche (CPE) alors que le contrat nouvelle embauche (CNE), créé en août 2005, menait, lui, sa vie (800 000 salariés l’ont déjà signé), le candidat de l’UMP s’en inspirant aujourd’hui pour son contrat unique. Or, l’insécurité sociale s’est bel et bien installée : plus de 70 % des embauches se font désormais en contrat à durée déterminée (CDD), moins d’un CDD sur deux se transformant ensuite en contrat à durée indéterminée (CDI). Faut-il réformer le contrat de travail ? Le Medef prône la généralisation du CNE alors qu’à gauche on prévoit son abrogation, le CDI devant rester le contrat de référence. Une nouvelle notion émerge, la sécurité sociale professionnelle, faite du rapprochement Anpe-Unedic et du « service personnalisé de retour à l’emploi ». Évoquant la modernisation du dialogue social le 10 octobre 2006 au Conseil économique et social, Chirac avait rappelé que le paritarisme avait 60 ans et entendait désormais « placer les partenaires sociaux au cœur de l’élaboration des normes et des réformes sociales ». Il se fixait un objectif : passer en 2007 sous la barre des 8 % de chômeurs.

Les témoignages se sont égrenés sur la « machine à dévaloriser »

Mais un premier constat en entraîne un second : les exclus du travail le sont aussi des débats sur les problématiques qui les concernent ; par conséquent, les politiques menées, de même que les pratiques des employeurs, ne tiennent pas compte de la réalité vécue par les demandeurs d’emploi. Lors d’un débat intitulé « Les demandeurs d’emploi s’invitent dans le dialogue social », les associations Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) et le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) ont invité le 7 février dernier le Medef et l’Unedic (en la personne de leurs présidentes, s’il vous plaît) à venir entendre la réalité vécue au quotidien par les chômeurs avec les employeurs comme avec les institutions du service public.

Les freins à l’emploi ont été listés : qu’on soit primo-demandeur d’emploi, femme, d’origine étrangère (réelle ou supposée), handicapé, âgé de plus de 45 ans n’est pas conseillé… La discrimination géographique est dénoncée : à Toulouse, par exemple, pour « les codes postaux 31100 [Quartier du Mirail, ndlr], on ne regarde même pas les CV », affirment quelques personnes concernées. Les témoignages se sont égrenés sur la « machine à dévaloriser » que sont Anpe et Assedic, ou bien encore sur l’exclusion due à l’âge, sur les exigences des recruteurs, sur les dysfonctionnements administratifs… Parcours du combattant, radiations en hausse exponentielle, absence de confidentialité, atteintes à la dignité, tout cela a été exposé, parfois vivement.

Principale revendication : que les organisations de demandeurs d’emploi soient associées aux décisions de l’Unedic, de l’Anpe, du Conseil d’orientation pour l’Emploi (COE), du Conseil national de lutte contre les exclusions (CNLE), du Conseil économique et social (CES). Par ailleurs, des critères de notation sociale sont préconisés afin de promouvoir avec les employeurs de bonnes pratiques en matière de recrutement. Enfin, une refonte du service public de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’assurance-chômage devrait permettre une réelle sécurisation des parcours.