N° 1036 | du 27 octobre 2011 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 27 octobre 2011

Que faire des établissements pénitentiaires pour mineurs ?

Joël Plantet

Les rapports accumulés au fil des ans se répètent : les dysfonctionnements des établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) sont largement identifiés. Alors… sont-ils une solution ? Si oui, à (très) largement améliorer.

Les établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) existent depuis 2007. Sur 688 mineurs incarcérés au 1er janvier 2011, 66 % l’étaient en quartiers pour mineurs (QM), et 34 % en EPM. Or les incidents se sont multipliés dans les six EPM existants : prise en otage d’une éducatrice (Meyzieu), agression d’une surveillante (Marseille), grève du personnel à la suite d’un saccage (Lavaur)… Fin 2010, un rapport de l’inspection des services pénitentiaires et de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) avait pointé une hausse de 15,5 % des actes de violences dans le seul établissement de Lavaur (Tarn), en constatant que, globalement, les violences physiques concernaient les personnels à hauteur de 67 %… L’écrit évoquait la trop grande inexpérience des personnels, et les différences d’approche du binôme éducateurs/gardiens sur les réponses à apporter en cas d’indiscipline.

À son tour, le Sénat, l’été dernier, critiquait le manque de formation des personnels, leur instabilité chronique, le coût des EPM en regard des résultats, la surpopulation de certains établissements, leur mauvaise répartition territoriale, et l’absence d’évaluation. Quelques semaines auparavant, le contrôleur général des prisons avait souligné, à leur propos, l’absence de projets éducatifs, l’« industrialisation de la captivité » et la méconnaissance des droits fondamentaux. En avril dernier, un autre rapport sur « l’évaluation de la violence dans les établissements pénitentiaires pour mineurs » des mêmes inspections des services pénitentiaires et de la PJJ avaient estimé que l’architecture des EPM induisait promiscuité et déficit d’intimité pour les mineurs comme pour les professionnels. Certes, les jeunes détenus y sont scolarisés et participent à diverses activités, sportives ou autres… Mais là aussi, les disparités sont importantes.

Un progrès pénitentiaire et une régression éducative

Une recherche du centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé) portant sur deux EPM et un QM de maison d’arrêt a encore fait apparaître, l’été dernier, quelques observations intéressantes. Celle-ci décrit « la sophistication des pratiques de surveillance et d’observation qui, sous maints aspects, font de l’EPM une prison comme les autres et un formidable système de contraintes ». Elle note pourtant la « tension entre souci sécuritaire et volonté de créer des espaces de socialisation ». Tout compte fait, l’EPM – qui présente de meilleures conditions de détention que le QM – serait, pour les six sociologues à l’origine de cette étude, « un progrès pénitentiaire et une régression éducative »…

Pourtant, le risque de récidive de la prison pour les mineurs, aggravé par l’absence d’aménagement de peine, est amplement démontré et régulièrement dénoncé. Une discrète étude de la direction de l’administration pénitentiaire sur les risques de récidive des sortants de prison indiquait il y a quelques semaines que ceux-ci étaient trois fois plus importants pour les mineurs à leur libération que pour les jeunes majeurs de moins de 30 ans. Une effarante proportion de 78 % de mineurs a encore maille à partir avec la justice dans les cinq ans suivant leur libération, et sept sur dix environ feront de nouveau de la prison ferme, note l’enquête à partir de l’étude du parcours de près de 7 000 détenus mineurs et majeurs. Les mois suivant la sortie de prison y sont donc repérés comme les plus risqués, prouvant encore une fois, pour les auteurs, « l’intérêt de l’individualisation des peines et du suivi des conseillers d’insertion et de probation ».