N° 612 | du 7 mars 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 7 mars 2002 | Patrick Méheust

Psychanalyse et malaise social

Sous la direction de Frédéric de Rivoyre


éd. érès, 2001. (136 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Psychanalyse

Il est indiscutable que l’approche psychanalytique renouvelle le regard porté sur l’exclusion. Cet ouvrage qui réunit les contributions à la fois de psychanalystes, de psychologues et de sociologues ayant participé à la troisième journée de réhabilitation psychosociale organisée en mars 2000 à Paris, en est l’illustration.

La question centrale abordée ici tourne autour du lien qui se noue, au fil de la relation, entre « l’exclu » et le thérapeute. Cette rencontre, quelles qu’en soient les circonstances, doit être le prétexte à l’ébauche d’une nouvelle histoire entre deux personnes qui, comme le remarque Frédéric de Rivoyre « vont apprendre à se connaître, à se sourire et à s’attendre, deux personnes qui vont s’apprivoiser ». Il s’agit là du préalable indispensable pour que les individus en grande précarité puissent renouer un rapport humain dont ils ont trop longtemps été privés, rapport fondé sur la confiance, la sécurité et la continuité. C’est à partir de ce cadre restauré et dans une certaine stabilité que l’on peut espérer voir le patient sortir du repli sur soi et exprimer « le texte de ses désirs inconscients ». La crainte existentielle de l’exclu repose souvent sur une culpabilité inconsciente qui le conduit à s’accuser lui-même d’être à l’origine de sa situation de dénuement et lui fait porter le poids de la responsabilité de sa solitude infinie.

Aussi, ces personnes refusent-elles les contacts de peur de recommencer ce qui pour elles s’apparente à un travail destructeur de tout lien social. La première mission du psychanalyste consiste sans doute à démontrer au patient que son supposé pouvoir de destruction ne peut venir à bout de tout et, précisément, que la relation qui existe désormais entre eux peut perdurer en dépit des soubresauts. Cette résistance, mise à l’épreuve, servira de premier support pour redonner au monde une certaine consistance et repérer, par la suite, des appuis qui permettront d’aider à se sortir du processus de néantisation. De cette façon et peut-être un peu paradoxalement, la médiation du psy permet à la personne en situation d’exclusion de reprendre contact avec le monde extérieur. La rencontre devient ainsi un espace transitionnel où « le sujet n’est plus face au vide mais à une personne, à des repères dans le système, espace où il se trouve en position d’échanger malgré le court-circuit créé par l’exclusion dans le rapport à l’autre et au temps ».

Voilà, sans aucun doute, un projet qui mérite qu’on s’y intéresse ? Évidemment ne sont résumés ici que quelques-uns des thèmes abordés dans l’ouvrage, mais le reste est d’une égale teneur. Alors pas d’hésitation, à consulter, avec une attention soutenue.


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