N° 914 | du 29 janvier 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 29 janvier 2009

Pourquoi assassiner les Rased ?

Joël Plantet

S’agit-il de faire échouer toute velléité de politique de réussite scolaire ? On ne s’y prendrait pas autrement. Depuis vingt ans, les réseaux d’aide aux élèves en difficulté ont fait leurs preuves. On veut pourtant les trucider

Remplaçant les groupes d’aide psycho-pédagogique (GAPP) en 1990, les réseaux d’aide spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) sont censés soutenir les enfants en difficulté de l’école maternelle et élémentaire « sur le temps scolaire, en étroite collaboration avec les parents, les enseignants et les partenaires extérieurs ». Cette tâche est assumée par des maîtres formés aux aides pédagogiques adaptées (maîtres E), rééducatives (maîtres G) et psychologiques (psychologues scolaires). Ils sont 15 000 professionnels à ainsi prendre en charge une ou deux fois par semaine des petits groupes (de trois à six élèves) pendant trois quarts d’heure dans le cadre d’un projet signé par l’enfant, les parents, l’enseignant de la classe et l’enseignant spécialisé. Les professionnels des Rased se déplacent dans les écoles du réseau pour apporter un soutien pédagogique différencié : aide au raisonnement et à la construction de compétences pour le maître E, aide au comportement et à une meilleure estime de soi pour le maître G, le psychologue assurant un espace d’écoute et un bilan.

La pétition Sauvons les Rased avoisine les 230 000 signatures

Ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos n’hésite pas à évoquer en fin d’été dernier la suppression de 3 000 postes pour la rentrée 2009. À peine un an auparavant, il promettait pourtant de « mettre le paquet » et de « diviser par trois l’échec scolaire lourd ». Immense tollé : aujourd’hui, un peu à l’image de celle du collectif Pas de zéro de conduite, la pétition Sauvons les Rased – initiée le 12 octobre – avoisine les 230 000 signatures. En effet, que vont devenir ces enfants ? Les réponses ministérielles ne conviennent à personne : sous le prétexte de deux heures hebdomadaires d’aide individualisée aux élèves en difficulté (installées via la suppression des cours du samedi matin et dispensées par les maîtres), tout un dispositif spécifique pourrait passer à la trappe !

Comme si tout ce qui fait la particularité des intervenants des Rased, leur formation complémentaire… et leurs résultats n’avaient aucun poids en regard de douteux impératifs budgétaires. En outre, le dispositif d’aide personnalisée qui s’y substituerait connaît de graves lacunes : en fin d’année dernière, moins de 5 % des écoles avaient programmé le mercredi matin les deux heures de soutien dégagées, la plupart des établissements les nichant vaille que vaille – ce n’est pas le moindre effet pervers de cette réforme – dans la semaine de quatre jours, y compris, très majoritairement, à la pause de midi.

Devant l’ampleur du mécontentement, Darcos a déjà fait quelques concessions : sur le service minimum à l’école, sur la scolarisation en maternelle et… sur les Rased. Recul, lâchage de lest, demi-mesure : début janvier, il ramène de 3 000 à… 1 500 le nombre de postes d’enseignants de réseau supprimés. Les syndicats enregistrent ce demi-succès tout en restant vigilants. Le 17 janvier, des milliers de personnes réclamaient encore à Paris comme en région « un investissement dans l’éducation » en dénonçant globalement les 13 500 suppressions de postes d’enseignants prévues pour cette année, à propos desquelles un moratoire est demandé par les syndicats. Le 21 suivant, les associations de parents d’élèves et les syndicats de l’Éducation nationale appelaient à une journée nationale d’action dans les départements et à Paris pour « le maintien et le développement des Rased », avec expressions publiques et remises de motions de conseils d’école aux inspecteurs d’académie et au ministère. La manifestation et la grève du 29 janvier devaient parachever la protestation.