N° 1168 | du 3 septembre 2015

Faits de société

Le 3 septembre 2015 | Marianne Langlet

Pour une Maison des réfugiés

L’interminable feuilleton des migrants demandeurs d’asile a fait l’actualité tout l’été, en témoignent les différents échos de nos pages de rentrée… À Paris, un collectif n’a pas lâché l’affaire, réclamant un lieu d’accueil pérenne pour les migrants.

Dans une lettre ouverte du 9 juillet à Anne Hidalgo, maire de Paris, 222 artistes, cinéastes, musiciens, chercheurs réclamaient un lieu d’accueil pour quelque 600 réfugiés survivant, expulsion après expulsion, dans les rues de Paris. Était revendiquée la création d’une « Maison des migrants » qui formerait le chaînon manquant entre l’arrivée en France et le placement en centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA). Constitué des migrants (et de leurs soutiens) réfugiés sous le métro aérien à La Chapelle, puis à la Halle Pajol, puis au jardin d’Éole, puis sous la Cité de la Mode et dans d’autres lieux parisiens, le collectif La Chapelle en lutte a pris une place prépondérante dans ce mouvement (avec quelques militants de la Cimade, du Gisti, de Médecins du monde).

Été chargé. 9 juillet, nouvelle évacuation de la Halle Pajol et manifestation place de la République. Trois jours plus tard, un communiqué de presse associatif fustige des orientations trompeuses vers des hébergements lointains, parfois pour une seule nuitée, insalubres, où dans certains centres les migrants s’entassent à dix par chambre. Le 30 juillet, après environ dix démantèlements de campements en huit semaines, les réfugiés décident d’occuper la Maison de la Mixité – locaux de l’association Ni putes ni soumises (NPNS) – dans le 20e arrondissement. Ils n’y resteront qu’une nuit. La Ville de Paris, elle, multiplie… les gestes : avec la préfète de Paris, Bruno Julliard, premier adjoint à la maire, va visiter le 5 août le centre d’hébergement Losserand, où sont accueillis depuis une semaine des migrants venant de la halle Pajol ; assurant que le dialogue n’est pas rompu avec les associations, il réaffirme l’intention municipale de « renforcer les capacités d’hébergement d’urgence et de places pour les demandeurs d’asile et les réfugiés ».

Particulièrement actif en cette période estivale, le comité La Chapelle en lutte porte inlassablement sa demande d’ouverture en urgence d’un lieu collectif. Une réunion tenue au cabinet d’Anne Hidalgo ne débouche sur rien, les représentants d’élus niant l’existence de lieux municipaux vacants. Le groupe (composé de nombreux Soudanais et Syriens, et des soutiens) décide alors d’occuper le lycée Guillaume-Budé, rue Jean-Quarré, dans le 19e arrondissement. Lutte et survie : « Refugees are survivors » ou « refugees struggle » peut-on lire aujourd’hui sur la façade ou les murs.

Les tensions persistent. Trois soutiens et un réfugié ont été arrêtés lors de l’occupation d’un centre d’hébergement géré par Emmaüs, dans le sud de Paris, suite à la grève de la faim de quelques migrants dénonçant leurs mauvaises conditions d’accueil. Suite à une plainte d’Emmaüs, ils ont été déférés pour « violences, insultes et séquestration ». Jugement le 9 octobre.

Les vœux des migrants et de leurs soutiens seraient-ils en voie de se réaliser ? « Nous souhaitons transformer ce lycée en centre d’accueil temporaire. Les travaux devraient être réalisés en quelques semaines », a promis Bruno Julliard, (qui avait déjà annoncé, en juin dernier, la création de centres de transit). Ainsi, un nouveau centre d’accueil – pas forcément réservé aux seuls migrants –, d’une capacité d’environ cent cinquante personnes, pourrait-il voir le jour, jusqu’en 2020, date où le lycée doit se métamorphoser en médiathèque. La Chapelle en lutte reste méfiante. Et constate l’absence d’aide en nourriture de la mairie, s’interroge sur les moyens engagés pour la répression, et craint une « concurrence des indigents, qui n’ont pas les mêmes besoins », indique Valérie Osouf du collectif de soutien. Sollicitée par Lien Social, la Ville de Paris n’a pas donné suite à nos demandes de précisions. Pourtant…

À suivre, forcément.