N° 1148 | du 2 octobre 2014

Faits de société

Le 2 octobre 2014

Politique de la Ville (nouvel épisode)

Joël Plantet

Devant une situation plus que détériorée, il s’agit maintenant de « contraindre et non convaincre » les pouvoirs publics à appliquer un certain nombre de propositions fortes, et ne plus décider sans les habitants. Une coordi-nation citoyenne s’y emploie

En cette même page, le dernier numéro de Lien Social avait dressé un sombre tableau de la politique de la Ville, essentiellement définie par le saupoudrage et l’éparpillement. Une dynamique a pourtant émergé, prometteuse, entendant peser sur les politiques concernant «  les quartiers  » et visant à mettre en commun et diffuser des expériences participatives. Cette coordination citoyenne lancée en février dernier – réunissant 150 associations et collectifs travaillant et militant dans les quartiers populaires, comprenant nombre d’éducateurs… – et clairement baptisée Cela ne se fera plus sans nous (rapidement devenue Pas sans nous !), a réellement pris forme cette première quinzaine de septembre.

Pour combler le «  déficit démocratique  » de cette pauvre politique de la Ville dans un rapport récent («  Pour une réforme radicale de la politique de la ville  », juillet 2013), Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache [fondateur d’AC Le Feu, aujourd’hui co-président de la coordination] avaient préconisé 30 mesures fortes, dont la création de «  tables de quartier  », sur le modèle québécois, réunissant associations et collectifs d’un quartier pour être force de propositions. De fait, la récente loi a prévu des conseils citoyens obligatoires, mais elle ne va pas jusqu’à la co-décision sur les nouveaux contrats de ville à signer entre octobre 2014 et mars 2015, par exemple. La coordination citoyenne entend se saisir de cet outil en réaffirmant «  la nécessaire autonomie  » de ces conseils.

Un PS soupçonné d’avoir « pris les banlieues pour un réservoir à voix »

Un nouveau rapport de force politique s’installe, les partis – y compris un PS vertement soupçonné d’avoir trop longtemps «  pris les banlieues pour un réservoir à voix  » – étant mis au pied du mur par de récentes élections municipales ayant favorisé l’extrême-droite dans certains quartiers populaires, à Marseille par exemple. Les promesses bafouées concernant le droit de vote des étrangers ou le contrôle au faciès n’ont pas été oubliées. La coordination, sous forme de syndicat, voire de lobby, a d’ailleurs voulu éradiquer le piège de la récupération politique en obligeant ses membres à démissionner en cas d’engagement dans un parti.

Pas sans nous ! espère porter la voix des huit millions d’habitants des zones périphériques et devenir un interlocuteur incontournable des pouvoirs publics. La nouvelle secrétaire d’État concernée, Myriam El Khomri, est venue soutenir la coordination : il est attendu d’elle des réponses plus convaincantes que ses (nombreux) prédécesseurs. Mais pour que l’empowerment – le développement de la capacité d’agir des habitants des territoires en difficulté – devienne plus qu’un slogan, une commission scientifique composée de professionnels, d’universitaires, de représentants des centres sociaux et d’acteurs du monde économique, devrait procéder à des audits ciblés d’évaluation des besoins, inversant ipso facto les pratiques avec les décideurs publics.

Pour l’heure, la coordination citoyenne travaille à la création d’un fonds public d’interpellation permettant aux habitants de proposer leurs projets aux élus locaux. Elle réclame un dialogue continu avec la secrétaire d’État à la politique de la Ville et attend les effets de la simplification administrative pour les associations (en principe mise en œuvre en octobre). Elle a entendu Myriam El Khomri lui dire : «  dans nos quartiers, aucune politique publique ne peut réussir pleinement et durablement si elle n’est pas élaborée et mise en œuvre avec les habitants  » et lui assurer qu’une série de mesures seraient dévoilées «  d’ici à la fin de l’année  », sur la base… d’un nouveau rapport. Dont acte.