N° 542 | du 7 septembre 2000 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 7 septembre 2000 | Un film en trois parties, conçu par Jean-Claude Cébula et réalisé par Pierre de Fonséca

Parce que c’est nous tous. Le quotidien du métier de famille d’accueil

Joël Plantet

Ce film est destiné à l’information et à la formation des acteurs de l’accueil familial d’enfants : professionnels de la protection de l’enfance et de la formation, élus, etc...)
Les cassettes peuvent être commandées à IPI (Ifrep publication - information)
50 rue Samson
75013 Paris
Tel. 01 45 89 17 17

Thème : Placement familial

Une des idées de départ, indique d’emblée Jean-Claude Cébula, concepteur du film et directeur de l’Ifrep, était « que, jamais, dans les films traitant de l’accueil familial, n’étaient présentés les enfants des familles d’accueil » : il fallait donc recueillir leur parole, sachant qu’elle peut véhiculer de fortes émotions (« en quoi je faillis auprès de mes parents, pour qu’ils aient ainsi besoin de m’adjoindre un petit frère ou une petite sœur ? »). Les entretiens ont ainsi été conduits en vue d’une parole dégagée, en-dehors des autres membres de la famille.

« Il fallait, quand même, se confronter à l’enfant qui n’était pas notre frère », introduit une jeune fille interrogée, et « c’est dur, de partager sa mère » ; cet enfant, « d’une certaine façon, on l’élève aussi » ; « les premiers temps », confirme son frère, « j’étais très jaloux, mais les enfants accueillis peuvent eux aussi être jaloux ». « Je les accepte difficilement, ils me volent mes parents », reconnaît l’un des « vrais » enfants d’une assistante maternelle. « Je lui ai dit plusieurs fois « Tu n’es pas ici chez toi… sans que ma mère l’entende, bien sûr », se souvient encore, en souriant, une jeune fille. Tout cela n’empêche pas une certaine lucidité, des essais d’interprétation : « Si maman a eu besoin d’avoir des enfants à garder, c’est que nous, on grandissait » affirme, par exemple, une adolescente.

« Ca me fait un drôle d’effet, qu’il appelle ma mère maman » et mon père « tonton » ; une autre raconte comment sa mère lui a demandé son avis sur la question… La vie se déroule ainsi, entre jeux vidéo, monopoly, vélo, repas, ordinateur. En famille, quoi. Mais « nous-mêmes, on a besoin de parler avec des éducateurs ou des psychologues », conclut un des enfants d’un couple accueillant. « On est un peu mis à l’écart : les enfants accueillis, eux, sont suivis »…

A noter que les enfants ne parlent pas d’argent, mais d’amour, de relation. Dans le débat qui a suivi cette première partie, la question d’associer les enfants — à l’agrément, au recrutement, à l’accompagnement de la famille d’accueil — a été largement évoquée.

Une deuxième partie s’intéresse aux compagnons des assistantes maternelles. Eux aussi ont beaucoup à dire : sont exprimées, de manière souvent bouleversante, les difficultés « avec l’enfant qui a été maltraité, et qui cherche les coups », le temps que mettront certains enfants abusés ou maltraités à accorder de nouveau leur confiance envers un adulte, les pipis au lit des premiers mois mais, de manière générale, ces compagnons de vie reconnaissent le grand « besoin de famille » qu’ont ces enfants, en considérant aussi la place primordiale de l’assistante maternelle, leur femme ou compagne : « Elle, c’est la tatie », précise l’un d’eux, « moi je suis là quand elle est fatiguée, quand elle a besoin de moi » ; la question de la dénomination affective est récurrente : « On n’a pas voulu qu’ils nous appellent Papa et Maman, il ne faut pas les isoler de leurs vrais parents », « moi, c’est Roger » entraînant des remarques sur les places respectives : « Nous ne sommes pas là pour remplacer les parents, et ça fait partie de l’apprentissage du métier ». « L’objectif d’une famille d’accueil » ira jusqu’à dire un père d’accueil, « c’est le retour en famille, on sait très bien qu’ils ne sont pas à nous, qu’on nous les a confiés ».

Globalement les rôles de détenteur de l’autorité, de conseil en formation ou d’aide aux démarches vers les patrons sont importants.
Leur place est essentielle, semblent-ils dire. Alors, déplore l’un d’entre eux, « pourquoi ne pas être dans les synthèses ? C’est mal géré… » ; « j’aimerais être impliqué dans les formations », réclame un autre, « connaître le service de placement familial ».

Les placements familiaux présents lors de la projection (au ministère de l’Emploi et de la Solidarité, le 9 avril dernier) confirment l’importance des groupes de pères d’accueil ; une directrice de PF illustre leur implication : 23 sur 53 se réunissent, dans son département, dans un groupe se rencontrant régulièrement,… dimanche matin. A Melun, renchérit une autre, les pères d’accueil se réunissent trimestriellement depuis sept ans. Etc…

Emouvantes aussi, les paroles d’assistantes maternelles, qui composent la troisième et dernière partie : « J’ai toujours du mal à laisser se coucher un enfant qui n’est pas bien », exprime l’une ; et « quel bonheur », rajoute une autre, « quand on les voit changer au fil du temps »….

Nous voilà joliment présentés la vie quotidienne et le métier de famille d’accueil, à travers ces trois types de témoignages différents, et complémentaires. On imagine facilement ce que ces films peuvent apporter dans les équipes, comme supports de débat, présentation d’informations ou aide à la formation.