N° 710 | du 27 mai 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 27 mai 2004 | Jacques Trémintin

Œdipe et Laïos. Dialogue sur l’origine de la violence

Olivier Maurel & Michel Pouquet


éd. L’Harmattan, 2003 (164 p.- 13,75 €) | Commander ce livre

Thème : Violence

Tout commence par une interview dans Nice Matin où Olivier Maurel soutient que chez l’être humain, la violence n’est pas innée, mais acquise culturellement. Michel Pouquet, psychanalyste, adresse au journal une réponse dans laquelle il s’insurge contre les rêveurs d’un homme idéal qui propagent de fausses idées : face à la violence pulsionnelle au cœur de chacun d’entre nous, il faut opposer la loi. La gifle n’a pas la même signification selon qu’elle humilie ou qu’elle marque des limites à ne pas dépasser. S’ensuit une correspondance privée qui va s’étendre sur une année et qui fait l’objet de ce livre. Ce dialogue est tout à fait passionnant. Les deux protagonistes font preuve d’une culture et d’une intelligence qui ne se démentent à aucun moment.

Rendons tout d’abord hommage au psychanalyste qui accepte d’échanger avec un profane, alors que la plupart de ses confrères n’a que dédain pour toute discussion qui ne se centre pas sur le pouvoir de l’inconscient. Il évoque que le savoir qu’il défend ne vient ni de la lecture de quelque maître que ce soit, ni de la cogitation de penseurs, mais de l’écoute de ce qu’ont révélé des milliers de patients : la violence est intrinsèque à l’être humain qui n’a qu’un seul objectif, éliminer tous les obstacles qui s’opposent à son besoin d’expansion érotique. Olivier Maurel ne s’en laisse pas compter. Il réplique que ce que peuvent dire les analysés est biaisé par le fait qu’on entend ce qu’on veut bien entendre ou ce qu’on est conditionné à entendre. Pour ce qui est de la cruauté de l’homme, elle ne vient pas de son animalité ou de ses pulsions mais de l’éducation qu’il reçoit. Car le petit d’homme n’a que peu de comportements innés, étant avant tout un être de culture. Les coups donnés en bas âge sont les premières expériences de violence au moment où s’établit par imitation le répertoire de ses comportements futurs. Ils ne lui apprennent pas la loi, mais la soumission au plus fort.

Aucune discussion rationnelle, réfutation, preuve ou non de sa validité ne peuvent être avancées pour ou contre la psychanalyse, répète Michel Pouquet. La théorie de Freud n’a rien à attendre de l’éthologie, de la génétique ou de la neurobiologie puisqu’elle se fonde exclusivement sur la libération de la parole du patient et l’écho de son inconscient. C’est la répétition d’écoutes attentives qui a permis d’élaborer un certain nombre d’invariants. De la pratique est née la théorie énonçant quelques vérités générales et universelles sur le fonctionnement de l’être humain. S’ensuit une attaque en règle d’Olivier Maurel contre quelques concepts centraux de la psychanalyse : le complexe d’Œdipe qui a limité les révélations d’agression sexuelle au simple fantasme ou encore la pulsion de mort qui situe chez l’enfant la source de toute violence. Les deux protagonistes, à défaut de se convaincre, finiront par troquer leur plume contre un verre de vin.


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