N° 895 | du 4 septembre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 4 septembre 2008

Les jeunes, l’alcool et la loi

Joël Plantet

De nouvelles conduites d’alcoolisation chez les jeunes inquiètent les pouvoirs publics, et une loi sera présentée au Parlement dans les prochaines semaines. Mais la répression ne peut être un remède magique

« L’excès d’alcool entraîne comas éthyliques, violence, accidents, abus sexuels » : tout l’été, la campagne de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) a été explicite. Des spots diffusés au cinéma, à la radio, à la télé ont tenté de sensibiliser les jeunes aux dangers immédiats d’une consommation d’alcool excessive [1].

Pourquoi tout cela ? En juillet, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, s’inquiétait à l’Assemblée nationale des nouvelles tendances : « Nous constatons une évolution rapide, brutale, alarmante des comportements d’alcoolisation parmi les jeunes ». Elle citait en exemple le « binge drinking » – absorption maximale d’alcool en un minimum de temps – ou les « bottelones » sur le modèle espagnol ou suisse (beuveries publiques entre jeunes) véritables rituels pour de nombreux jeunes, parfois violemment médiatisés par un accident mortel. Le plan 2008-2011 de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) s’est donné pour objectif de faire baisser le nombre de personnes « ayant une consommation problématique d’alcool » d’ici à 2011.

Hausse de 50 % des hospitalisations chez les moins de quinze ans

Les indicateurs convergent : réalisée lors de la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), la dernière enquête Escapad (enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense) souligne un accroissement des conduites d’alcoolisation massive ; de même, les hospitalisations pour ivresse seraient plus fréquentes chez les 15-24 ans, mais aussi dans les urgences pédiatriques pour les 12-13 ans… Entre 2004 et 2007, une augmentation de 50 % des hospitalisations pour ivresse chez les moins de quinze ans a été signalée, l’ivresse étant définie comme un état suffisamment alarmant pour que les secours soient prévenus. Le début des années collège est d’ailleurs la période pendant laquelle se met en place et s’intensifie cette consommation. Globalement, toutes les enquêtes démontrent que l’alcool est associé à la fête, à la détente, au plaisir, notions en voie de développement.

Présentée cet automne au Parlement et prévue pour être effective en 2009, la loi Santé, patients, territoire – et son volet santé jeunes – va multiplier les interdictions, dont la mesure phare sera l’interdiction totale de la vente d’alcool aux mineurs, que ce soit dans les discothèques et les bars, les supermarchés, épiceries et stations-service. Les open bars, permettant de boire autant qu’on veut pour un prix forfaitaire, devraient également être prohibés ; la consommation d’alcool sera interdite sur la voie publique aux abords des établissements scolaires. Paradoxalement, les « premix », mélanges d’alcool fort et de soda en canettes faites pour l’accoutumance, resteraient autorisés (une augmentation des taxations est envisagée).

La Défenseure des enfants – qui, dans son dernier rapport, avait réclamé la mise en œuvre d’un chantier national de prévention – s’est félicitée de cette accélération de la lutte contre l’alcoolisation des mineurs. Elle réclame, qui plus est, la prévention de l’alcool (et du cannabis) dès l’enseignement primaire, de même que le repérage précoce de la consommation lors de toute consultation médicale, y compris scolaire.

Mais, devant cette accélération répressive, certains professionnels s’interrogent sur les oublis en matière de travail de prévention et d’éducation. Déjà, le 26 mai dernier, dans une tribune de Libération, une douzaine de praticiens avaient rappelé que la seule répression dans la lutte contre les drogues licites ou illicites n’avait jamais été efficace, tout en réclamant une agence de recherches sur les addictions.