N° 934 | du 25 juin 2009

Faits de société

Le 25 juin 2009

Les inégalités d’accès aux vacances

Joël Plantet

Les vacances ne sont pas accessibles à tout le monde. Le programme Ville vie vacances concerne 800 000 jeunes de quartiers relégués, et vise à la parité entre la participation des garçons et celle des filles

L’objectif de l’opération Ville vie vacances (VVV) est d’éviter le désœuvrement des jeunes de 11 à 18 ans et des jeunes majeurs de moins de 26 ans dans les quartiers relégués, en mobilisant prioritairement ceux qui ne participent pas spontanément aux activités sportives et culturelles traditionnelles. La durée du dispositif, mis en place pendant les congés scolaires, est limitée : vingt jours pour les vacances d’été, dix jours pour les autres périodes, par jeune concerné et par an. VVV se veut un dispositif de prévention de la délinquance s’adressant à des jeunes « dont les conditions de vie produisent du danger pour eux-mêmes et qui peuvent être en situation de rupture et de conflits avec leur environnement », explique la délégation interministérielle à la Ville. Il concerne en premier lieu les quartiers dotés d’un contrat urbain de cohésion sociale (CUCS), mais aussi les sites concernés par un contrat local de sécurité (CLS) ou un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). « Afin d’établir un diagnostic pertinent et de rechercher la complémentarité des actions », le rapprochement entre instances de prévention et d’éducation – tels que contrats éducatifs locaux, dispositifs de réussite éducative ou école ouverte – est vivement recommandé.

Reposant surtout sur la prévention spécialisée et les services déconcentrés de l’Etat impliqués dans la politique de la Ville, pouvant intégrer centres sociaux, Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ou associations locales, les opérations sont décidées après diagnostic, appel à projets, et détermination d’un thème dominant annuel. Aujourd’hui, VVV concerne environ 800 000 jeunes principalement âgés de onze à dix-huit ans et leurs familles. Une étude initiée en 2008 sur quatre départements avait mis en exergue, selon l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ), « la fonction sociale de VVV dans sa contribution à la prévention de l’exclusion des jeunes, mais également ses apports à la prévention de la délinquance ». Les priorités pour cette année restent de conforter la place des jeunes filles dans ces activités, avec un objectif fixé, pour la participation de celles-ci, à 45 % de l’ensemble. Par ailleurs, l’accent est porté sur des projets spécifiques à destination de mineurs et jeunes majeurs placés sous main de justice. Année après année, les moyens employés restent les mêmes : activités permettant une plus grande ouverture au monde, actions à « contenu citoyen et civique », travaux d’utilité sociale, éducation au respect de l’environnement…

Depuis qu’une loi a inscrit en 1998 « l’égal accès de tous aux vacances » comme un objectif national, les associations considèrent le départ en vacances des publics en situation d’exclusion comme un élément de leur parcours d’intégration. Plus encore qu’un ressourcement ou une mise à distance de son quartier, les vacances peuvent représenter en effet un véritable levier pour plus d’autonomie, un facteur d’insertion sociale. L’association nationale des chèques vacances (ANCV) a récemment demandé à l’institut BVA de fournir des précisions sur les publics ne partant pas en vacances (35 % de la population, soit plus de 16 millions de personnes). Les raisons financières interviennent, certes, mais la moitié des personnes interrogées avait mentionné d’autres motifs : isolement social, problèmes de santé, obligation de s’occuper d’un membre de sa famille… Un « noyau dur » de personnes « durablement ancrés dans le non-départ » était estimé à 3,5 millions.