N° 962 | du 25 février 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 25 février 2010

Les Roms, abandonnés comme jamais

Joël Plantet

Citoyens européens, les Roms sont de plus en plus institutionnellement maltraités. La non-scolarisation de milliers d’enfants est un scandale criant, dénoncé aujourd’hui par certains parlementaires

Nous sommes en 2010, aux portes de Paris. Le 7 février, deux enfants roms de trois ans et quinze mois mouraient dans l’incendie de leur cabane, située sur un terrain d’Orly (94). Censées avoir les mêmes droits que tous les citoyens, les familles roms continuent de subir les discriminations les plus violentes. Quelques jours après, les 11 et 12 février, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, se rendait en Roumanie pour « renforcer la coopération bilatérale en matière de répression des trafics et d’insertion sociale » [on notera l’ordre des priorités, ndlr]. Il s’agira clairement de limiter la libre circulation, dont le principe, déclare le ministre, « ne doit pas servir d’alibi au trafic d’êtres humains ».

Trop de « rapatriés » (8000 personnes l’an dernier) – avec une aide au retour de 300 Ä par adulte et 100 Ä par enfant – seraient revenus en France, et un fichier avec empreintes digitales, comme au bon vieux temps, doit être mis en place d’ici quelques mois. Il s’agit, rappelons-le, de citoyens européens. Mais visiblement de seconde zone. De fait, originaires de différents pays européens mais à 90 % Roumains, ils sont à distinguer des gens du voyage qui, eux, sont citoyens français. Les Roms bénéficient en principe des mêmes droits que les autres communautaires… excepté l’accès au salariat pour une période transitoire censée s’achever fin 2011.

Le volet insertion est incontestablement plus compliqué. D’ailleurs l’office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) prévoit en principe une aide de 4000 Ä aux Roms initiant un projet professionnel. Qu’y aura-t-il de plus ? On ne sait. Les collectivités locales de chaque pays pourraient, au mieux, coopérer pour présenter un projet. Une conférence européenne sur les Roms doit avoir lieu à Cordoue au mois d’avril.

Une quarantaine de camions d’enseignement en France

Dans le contexte actuel de cette improbable insertion, il existe un élément clé, pivot d’avenir : la scolarisation. Entre cinq et sept mille enfants roms sont, en France, directement concernés, selon le réseau Romeurope. Pourtant, « l’exclusion de l’école constitue presque la norme pour les enfants roms présents en France, plus encore qu’en Roumanie » : le 10 février, quelques députés et sénateurs (Verts, PCF, PS) ont reçu les associations de soutien et quelques enfants roms à l’Assemblée nationale. Il y a été dit qu’environ 2200 habitants de bidonvilles avaient été expulsés dans les deux derniers mois de 2009 ; deux éducatrices spécialisées ont témoigné des obstacles administratifs érigés par les communes pour l’inscription des enfants à l’école.

À cette discrimination sociale, ethnique, Romeurope répond, dans une étude de 78 pages, par quelques propositions, dont certaines sont un rappel du droit commun : recensement par les communes des enfants en âge d’être scolarisés, respect du principe de leur affectation dans l’école du secteur, contrôle par l’inspection académique… Le fait, par exemple, qu’il existe une quarantaine de camions d’enseignement en France ne doit pas dédouaner les élus de scolariser les enfants dans leurs communes. En outre, les classes d’initiation (CLIN) et d’accueil (CLA) doivent enfin bénéficier de moyens suffisants, et la scolarisation dès la maternelle favorisée. Les conseils généraux devraient prévoir aussi des aides incitatives (cantine, transport, fournitures…), et les professionnels de l’Éducation nationale disposer de formations adaptées [1].

Évidemment intolérable, cette situation contrevient aux engagements du pays pour les droits de l’enfant.


[1Etude en ligne sur http://www.romeurope.org