N° 652 | du 6 février 2003 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 6 février 2003 | Jacques Trémintin

Le travail social au cœur des paradoxes

Marie-Line Vergne


éd. L’Harmattan, 2002 (192 p. ; 16,8O €) | Commander ce livre

Thème : Travail social

Pour qui veut savoir en quoi consiste le métier d’assistante sociale, la lecture de ce livre est tout indiquée. Marie-Line Vergne travaille en polyvalence de secteur, en Seine-Saint-Denis. Elle nous fait ici un récit à la fois passionnant et passionné de ce à quoi elle est confrontée. Se refusant à endosser les oripeaux de l’agent de « pacification sociale » que la société lui demande d’être, l’auteur proclame bien fort que « la pensée, la créativité commencent quand les travailleurs sociaux ne s’identifient plus tout à fait à leur fonction, quand ils savent s’en extraire pour la questionner » (p.17).

Et cela passe par le refus d’apporter des réponses uniformisées conformes à un moule, et la volonté de permettre à des individus de vivre le mieux possible avec leurs points communs et leurs différences. Pour cela, deux extrêmes sont à éviter : se fondre dans les normes de l’usager ou étalonner l’idéal à partir de ses propres valeurs. La juste distance, il faut la trouver avec Madame Vignot, 58 ans qui vit avec ses cinq enfants handicapés mentaux. Son premier passage à la permanence laissera une odeur plusieurs jours durant. Une visite à domicile permettra de découvrir un système D tout à fait original pour faire face aux WC bouchés depuis des mois mais néanmoins utilisés quotidiennement : vider la cuvette avec l’aspirateur que l’on purge ensuite dans le jardin ?

Autre ressort professionnel incontournable : cheminer avec l’autre, à son rythme et non à partir de son désir à soi. Lorsque Madame Weight force la porte du service social avec ses deux enfants se plaignant d’être battu par son mari, la prudence l’emporte. Surtout, quand ledit mari surgit quel-ques minutes après, ouvrant violemment la porte du bureau en hurlant ? Madame, consentante, repartira quelques minutes après, Monsieur susurrant à l’assistante sociale « elle ne peut se passer de moi, elle m’aime de trop ». Être assistante sociale aujourd’hui, c’est devoir être inventive, aller de l’avant et bousculer les habitudes. Ainsi Monsieur Sangare souhaite revenir dans son pays le Sénégal, avant de mourir. Devant être dialysé, un relais pourra être pris par l’hôpital de Dakar. C’est un véritable parcours du combattant qu’il faudra suivre pour trouver le moyen de lui assurer le trajet en avion.

L’écoute n’est pas une qualité naturelle : elle s’acquiert. Elle nécessite de savoir établir un silence sur soi-même, de savoir se dégager de soi pour entrer dans celui de l’autre, sans pour autant l’adopter. Mais qu’il est difficile parfois de combiner la professionnelle qui accompagne et la citoyenne qui explose de colère. Quand par exemple une aide financière de l’aide sociale à l’enfance n’est pas accordée, au prétexte de la situation irrégulière des parents étrangers (en contradiction avec la loi qui n’exige rien en la matière), provoquant à moyen terme un placement des enfants dix fois plus coûteux que l’aide initiale refusée.


Dans le même numéro

Critiques de livres