N° 919 | du 5 mars 2009

Faits de société

Le 5 mars 2009

Le logement en berne

Joël Plantet

En attendant une hypothétique application de la loi Dalo, les difficultés liées au logement se font plus vives. La répression s’accentue. D’ici peu, la trêve hivernale s’achèvera. À quand les premières réquisitions ?

La loi de « mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion » de Christine Boutin a été adoptée le 19 février par le Parlement. Mais tous comptes faits, les associations rechignent : désengagement financier de l’État, précarisation des locataires modestes, privatisation du logement social, censure de la loi Dalo sont dénoncés. En outre, l’année 2009 s’annonce catastrophique en matière d’expulsions locatives. Le 15 mars prochain, la grande manifestation pour la fin de la trêve hivernale des expulsions risque de rassembler du monde… Coïncidence : le jour même du vote de la loi, l’Insee indiquait qu’« une personne sur vingt s’est retrouvée sans logement personnel au cours de sa vie » pendant au moins trois mois et souvent davantage [1]. Le phénomène se serait développé depuis le milieu des années 80.

À la fin de l’année, lorsque le plan grand froid avait été déclenché dans plus de trente départements, le président du Samu social avait évoqué « une grande crise sociétale », les seules réponses étant qu’« on pare au plus pressé ». Boutin imaginait finement de contraindre à l’hébergement les personnes sans abri, tandis que Hirsch préconisait un « véritable service public » les prenant en charge. Ni l’un ni l’autre n’auront été suivis. Un improbable recensement des personnes SDF doit être lancé d’ici juin prochain. Seul à établir ce genre de statistiques, le collectif des Morts de la rue recensait environ 360 décès dans la rue pour l’année 2008.

Pendant ce temps, la répression s’accentue et le mouvement se radicalise. Droit au logement (DAL) était condamné, le 24 novembre, à une amende assassine de 12 000 € et à la confiscation de 319 de ses tentes pour avoir installé dans Paris un campement de 374 familles. Comme si l’État cherchait à couler financièrement une association gênante (18 ans d’existence). Mi-décembre, les syndicats et les associations défilaient pour dénoncer les promesses non tenues. À la fin de l’année, le DAL déposait plainte pour violences policières.

Persévérante, l’association marchait le 11 janvier vers Matignon pour rappeler encore une fois au gouvernement ses promesses de relogement. Fin décembre, les manifestants occupaient successivement un immeuble vacant, le hall de hôtel Meurice, un gymnase, puis le siège de la BNP (toujours évacués). De manif en manif, les militants et les familles n’ont cessé de réclamer les mêmes changements, y compris l’application de la loi de réquisition. Le 27 janvier, avec le collectif contre la loi Boutin, le DAL manifestait encore à l’Assemblée nationale. Les 28 et 29 janvier, pour la première fois, 19 demandes étaient examinées au tribunal administratif de Paris en vertu de la loi Dalo : le tribunal donnait d’ailleurs raison à quinze de ces familles, ordonnant leur relogement et leur indemnisation. Mais la loi Boutin, entre autres dispositions décriées, impose désormais des pénalités à l’État considérablement réduites en cas de non-relogement…

« Puisqu’il a une politique très directe avec les préfets, je lui demande de faire une loi qui oblige les préfets à réquisitionner pour reloger une grande partie des mal-logés », ironisait récemment Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé des Verts, lors d’une visite à un campement du DAL. La réalité va-t-elle lui donner raison ? À Saint-Denis (93), un immeuble appartenant à La Poste est investi depuis le 14 février. Le 22 février dernier, une inauguration officielle – avec le maire, le comité de soutien et les familles – y était célébrée : première « réquisition populaire municipale » ?