N° 1061 | du 3 mai 2012

Faits de société

Le 3 mai 2012

Le handicap se fait une toile

Joël Plantet

Récemment, la première édition d’un festival Cinéma et Handicap s’est imposée par la qualité de sa programmation et de sa réflexion engagée sur l’accessibilité. Démarche artistique et militante. À parts égales.

Il n’y a pas qu’Intouchables (environ 20 millions d’entrées) dans la vie… Film où, comme trop souvent, le personnage handicapé est joué par un comédien valide. Mais est-il possible de faire autrement ?

Fin mars, en Vendée, la première édition d’un étonnant festival eut lieu : Un autre regard - Cinéma et handicap a présenté pendant trois jours une série de films documentaires (« Michel Petrucciani », « Je suis ») ou fictions. L’événement a interrogé de manière pointue la question du handicap et de l’un de ses corollaires essentiels, l’accessibilité. Deux questions complémentaires ont été formulées : de quelle visibilité les personnes handicapées, qu’elles soient personnages ou comédiens, disposent-elles dans le paysage audiovisuel français ? Par ailleurs, quelle accessibilité aux salles de projection pour les spectateurs en situation de handicap ? Globalement, la réflexion est de fait politiquement engagée, reliée aux exigences, voire aux échéances réglementaires européennes. Une journée « professionnelle » mais accessible au public a permis des échanges entre producteurs, comédiens, réalisateurs et publics concernés par le handicap. Au final, sur quatorze séances et de multiples débats, le festival a accueilli 1 500 personnes.

Une réflexion politiquement engagée

En France, environ six millions de personnes sont considérées comme sourdes ou malentendantes. Si la télévision (notamment Arte) fait un effort d’offres audio décrites, le cinéma, lui, a beaucoup plus de mal à suivre. Un cinéma adapté doit permettre l’accès aux fauteuils roulants, avoir des copies en version sous-titrée sourds et malentendants (VSM) et des casques équipés HF pour les films projetés en audio description… Les films présentés au festival – courts, moyens ou longs métrages – étaient, eux, tous audio décrits en VSM. Dans le même ordre d’idées, l’emblématique marraine du festival, l’actrice Sophie Vouzelaud, ancienne première dauphine de Miss France sacrée en 2007, actuellement porte-parole de la communauté sourde, utilise la langue des signes dans sa vie quotidienne.

D’autres expériences y ont été faites : les participants ont pu ainsi entendre une partie du scénario d’un prochain film de Nils Tavernier, lue par un acteur français « en fauteuil » et un acteur sourd en langage des signes.

Cinq longs-métrages, récents, voire inédits, ont été en compétition : Hasta la vista, voyage de trois jeunes handicapés moteurs en Espagne pour une première expérience sexuelle ; The Hammer, sur la vie d’un champion de lutte américain sourd ; Je suis, tourné dans un centre de rééducation de traumatisés crâniens (voir LS n°1058) ; Michel Petrucciani, retraçant la vie du pianiste ; et Porfirio, fiction mettant en scène un paraplégique cherchant la reconnaissance de son handicap. Hors compétition, d’autres films – comme Le Discours d’un roi ou Yo tambien… – ont également abordé les multiples facettes du handicap. Le 31 mars, à la clôture du festival, c’est le documentaire Je suis qui remporta le Prix du public. En novembre prochain, à Paris, ces films seront de nouveau projetés dans le cadre du Mois extraordinaire.