N° 1183 | du 14 avril 2016

Faits de société

Le 14 avril 2016 | Marianne Langlet

Le grand flou des Centres d’accueil et d’orientation

Ils devaient « offrir un répit » aux habitants de la « jungle » calaisienne. Derrière la bonne intention, difficile de savoir comment fonctionnent ces lieux transitoires, opaques, hétérogènes. La Fnars a tenté d’y voir plus clair.

Date butoir : 31 mars. Les centres d’accueil et d’orientation, mis en place par le gouvernement via une circulaire du 9 novembre dernier, devaient être fermés à cette date. Mais le dispositif, selon les termes de Florent Gueguen de la Fnars, est « mouvant ». « Certains CAO ferment, d’autres ouvrent. Au 21 mars, l’Etat disait avoir encore 600 places disponibles. » Au total, près de 3 000 personnes sont passées dans ces lieux dont « la localisation, le fonctionnement et l’avenir […] restent très opaques », juge la Fnars.

Pour y voir plus clair, elle a mené une enquête, publiée le 8 mars dernier. Seule certitude : le but est de vider Calais. Le démantèlement de la zone sud de la « jungle » en février s’est accompagné d’une accélération des propositions de départ vers ces CAO. D’abord désignés par le doux nom de « centre de répit », ils devaient permettre aux personnes de se poser pour repenser leur parcours migratoire et demander l’asile en France. Si certains correspondent à ce profil, dans ces centres, se trouvent aussi des personnes qui sont déjà dans des démarches d’asile – et relèvent donc en principe des centres d’accueil de demandeurs d’asile –, des mineurs isolés étrangers – qui n’ont rien à y faire – et même des réfugiés statutaires…

Dans la « jungle », des maraudes d’associations ou d’agents de l’Office français de l’immigration et l’intégration ou d’associations tentent de convaincre les personnes de monter dans des bus pour partir… où ? Dans les premiers temps, impossible de donner cette information inconnue jusqu’au départ du bus. En tous les cas, loin du Nord-Pas-de-Calais (devenu les Hauts de France) ou même de l’Ile-de-France qui ne comptent aucun des 116 CAO ouverts au 21 mars. Puis, les agents ont obtenu l’information, des cartes de France et ils pointent l’endroit du centre proposé. Les réfugiés doivent se contenter de cette mince perspective.

Selon l’enquête de la FNARS auprès de 27 CAO, le manque d’information sur ces centres explique que beaucoup – 25 % – repartent dès leur arrivée. « Les personnes montent dans le bus à Calais parce qu’elles sont éprouvées et résignées. Elles arrivent avec des informations « promesses » et donc des attentes disproportionnées par rapport à ce que nous pouvons leur proposer », témoigne un CAO de Midi-Pyrénées. Cécilia Fall, en service civique au sein de la plateforme de service aux migrants à Calais, ajoute : « On dit aux personnes, si vous allez en CAO, le regroupement familial pour l’Angleterre sera plus rapide, votre demande d’asile sera accélérée… » Des promesses impossibles.

Ouverts dans l’urgence, dans des camps de vacances, des foyers de jeunes travailleurs, des centres de formation, toutes sortes de lieux vacants… les CAO comptent, pour l’accompagnement social, un équivalent temps plein pour 30 personnes. Des travailleurs sociaux qui n’ont souvent aucune information sur les personnes qui arrivent, d’où des problèmes de traduction, d’accès aux soins face à des situations sanitaires difficiles, des retards dans la procédure complexe d’asile. Prévu pour des cours séjours – un mois selon la circulaire – le temps passé en CAO s’éternise souvent, supérieur à deux mois pour 65 % des personnes. Peu partent, au final, vers le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile, 19 % selon l’enquête Fnars.

Saturé ? Pourtant, l’Etat gèle des places – 1 300 places pour la seule Adoma – en attendant l’arrivée des 30 000 réfugiés que le gouvernement s’est engagé à «  relocaliser  » depuis l’Italie ou la Grèce d’ici fin 2017. Situation ubuesque : certains demandeurs d’asile sont en France, bloqués en CAO, quand des places sont réservées à d’autres qui n’arrivent pas. Mi-mars, seuls 156 réfugiés syriens et quelques dizaines de réfugiés d’autres nationalités avaient été relocalisés en France…