N° 1166 | du 25 juin 2015

Faits de société

Le 25 juin 2015 | Joël Plantet

Le diplôme d’État et la confusion des sigles

Surprise lors d’une épreuve au diplôme d’État de moniteur éducateur (DEME) : l’un des deux énoncés proposés fait une confusion majeure dans la traduction d’un sigle. Les candidats en sont évidemment perturbés. La réponse du Rectorat frise la désinvolture.

20 mai, 8h45, une grande ville, quelque part en France. Éléonore [1] arrive dans le centre d’examen, s’y installe. Elle vient passer l’épreuve DC4 du diplôme d’État de moniteur éducateur (DEME, niveau IV), intitulée Implication dans les dynamiques institutionnelles. En 1h30, le candidat doit traiter un sujet portant sur les politiques sociales, les cadres juridiques et institutionnels.
Vérifications d’usage (identité, convocation), partie administrative à remplir, remise des sujets. Il est alors 8h58. À la première lecture du sujet 1, étonnement : « Vous êtes moniteur(trice) éducateur(trice) au sein d’un centre hospitalier régional spécialisé (CHRS), chargée de l’accueil en difficulté sociale. Béatrice, âgée de 39 ans, et ses deux enfants, y sont hébergés depuis quatre mois ; en effet, Béatrice s’est séparée de son époux suite à des violences conjugales… » Etc. (énoncé exhaustif).

La candidate s’interroge : ne s’agirait-il pas plutôt d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale ? Elle fait des allers et retours entre les deux sujets, hésite plus d’un quart d’heure ; elle maîtrise le sujet 1 – elle a fait un stage en CHRS –, mais l’incohérence de l’énoncé la gêne. Elle n’a jamais rencontré cette traduction de sigle dans sa formation et les moniteurs-éducateurs n’interviennent pas à l’hôpital. Alors ? Se trompe-t-elle ? Y a-t-il un piège ? « Je me suis dit qu’un CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) me paraissait plus que cohérent avec la situation énoncée, mais j’ai eu peur d’être hors sujet et que cela me rapporte une bulle, donc j’ai abandonné cette idée », nous confie la jeune femme. Mal à l’aise, elle résume le problème posé, rédige un brouillon concernant le cadre juridique – la loi de juillet 2010 relative aux violences aux femmes, et la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale –, mais bloque, et pour cause, sur le cadre juridique concernant la structure hospitalière en question. Elle en vient ensuite à son positionnement en tant que référente de cette famille, et des partenariats à mettre en place.

10h05. Une personne entre dans la salle, annonçant une erreur dans l’énoncé du sujet 1. Éléonore comprend immédiatement de quoi il s’agit et, stressée, se sentant mal, demande un délai supplémentaire. Refus. On indique aux étudiants qu’il leur reste vingt minutes. La potentielle future diplômée revient dans son écrit au projet institutionnel et aux missions du CHRS (le vrai). Elle commence à peine sa dernière partie lorsque l’injonction tombe de poser les stylos. En pleurs, elle rend sa copie incomplète, signe la feuille d’émargement, se dirige vers le secrétariat, s’enquiert des suites qui seront données à un tel examen ; on lui répond que le rectorat, informé, reviendra vers eux.

Résultat final le 3 juillet. On imagine l’angoisse des candidats qui n’auront pu développer leur positionnement. Renseignements pris, l’erreur viendrait de Dijon et concernerait toutes les régions. Joint par Lien Social, le rectorat manifeste une certaine désinvolture. Sur la défensive, notre interlocutrice, se déclarant agacée par « cette polémique » (développée essentiellement sur les réseaux sociaux, N.D.L.R.), indique que les jurys tiendront compte de la déstabilisation, de la perte de temps due aux relectures et même à l’alerte survenue en cours d’épreuve, et produiront une « évaluation bienveillante ». Toutes les erreurs liées au faux sigle seront prises en compte. Oui, mais comment ? Et les dégâts collatéraux ? Nous faisons part des récits qui nous sont faits de ce dysfonctionnement, et les réponses se font plus sèches. Cette discussion n’a pas lieu d’être. Vraiment ?


[1Le prénom a été changé