N° 898 | du 25 septembre 2008 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 25 septembre 2008 | Jacques Trémintin

Le développement social local contre le repli ethnique

Patrick Menchi & Jean-François Mignard


éd. érès, 2008 (256 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Pratique professionnelle

Il n’existe pas réellement, en France, de communautés homogènes construites sur des critères ethniques, affirment d’emblée les auteurs. Par contre, ce que l’on trouve, ce sont des personnes fragilisées, en situation sociale difficile et subissant de fortes discriminations. Ce sont elles qui sont poussées au repli sur des systèmes de solidarité communautaire, voire à des revendications véhémentes et parfois violentes quant à la reconnaissance de leur singularité collective. Si des cellules psychologiques se mettent systématiquement en place pour faire face à un accident ou une catastrophe, il n’en va pas de même pour gérer les traumatismes provoqués par l’immigration ou le chômage.

Encore moins pour accompagner le vécu d’un immigré de moins en moins perçu comme un salarié, mais de plus en plus comme un étranger qu’au mieux on relègue dans des ghettos et au pire on renvoie dans son pays. L’isolement et la souffrance de ces populations sont rarement pris en compte par les institutions et les intervenants, pas plus que les conditions socio-économiques de leurs difficultés. Ce qui émerge chez les travailleurs sociaux confrontés à ces problématiques, c’est plutôt les tensions, la perplexité, quand ce n’est pas le désarroi.

Pour les auteurs, il ne s’agit pas de préconiser l’utilisation de la communauté, qui ne peut faire société : « Ce dont manquent les personnes, ce sont plus les modes d’accès à leurs droits communs que des attributions de droits particuliers » (p.81). Pour autant, ils rappellent que l’ethnicité est à la fois symptôme et partie constituante d’une problématique bien plus vaste. En même temps que tendent à s’effacer les modes de pensée et d’action qui ont structuré nos façons de vivre et d’agir, surgissent de nouvelles façons de vivre ensemble. La norme institutionnelle, basée sur la logique d’accompagnement individualisé, a montré ses limites. « L’individuel n’est plus suffisant, un travail sur les aspects collectifs s’avère nécessaire » (p. 77). Le développement social local peut prendre un relais.

Mais la prise en compte des identités collectives ne risque-t-elle pas de remettre en cause le contrat social ? Non, si l’activation des potentialités propres aux usagers se déploie en direction des habitants en tant qu’individus singuliers coopérant avec d’autres individus singuliers et non en tant que membre d’une communauté particulière. Car, la richesse d’un territoire se mesure à la capacité de ses résidents à cohabiter et à négocier des zones d’échange et d’actions communes. Dès lors, le DSL rejoue aux plans symbolique et réel les termes, les règles et les places du jeu social, en posant les questions locales d’une manière décalée, sans le regard forcé de l’injonction d’intégration.


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