N° 1046 | du 19 janvier 2012 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 19 janvier 2012

La santé mentale n’a pas bonne mine

Joël Plantet

Défaillances de l’État pointées par la Cour des comptes en matière de santé mentale, psychiatrie restant le parent pauvre (par exemple en matière de recherche) du secteur santé… Sévère constat.

Fin décembre, un rapport de la Cour des comptes observait que 4 500 lits d’hospitalisation avaient été supprimés dans les dix dernières années, alors qu’à peine deux mille places d’hospitalisation partielle avaient été créées en contrepartie. Or, les prises en charge sont estimées, chaque année, à plus d’un million… La vénérable institution n’avait pas hésité à qualifier le pilotage de l’État comme défaillant en matière de santé mentale. Malgré le plan Psychiatrie et santé mentale mis en œuvre par les pouvoirs publics en 2005, « un flou s’est progressivement installé sur le cadre territorial d’exercice de la psychiatrie », écrit la Cour, en coordination sur ce point avec le Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

Et – peut-être encore plus alarmant –, la compréhension des besoins des patients et des professionnels, la réponse aux besoins en soins et en recherche, le pilotage et les résultats étaient jugés « inégaux et insuffisants ». Exemple d’inégalités territoriales : aujourd’hui, plus du tiers des psychiatres exercent en Ile-de-France, et 80 % dans de grandes agglomérations ; de même, seuls environ 150 postes d’assistants sociaux auraient été créés entre 2005 et 2008, chiffre considéré comme insuffisant. Autre considération concernant la prison : alors qu’il est estimé que 40 % environ des 66 000 personnes incarcérées font l’objet d’un suivi psychiatrique, la Cour des comptes surlignait les lacunes en termes de santé et de sécurité pour les détenus.

Insalubrité, déficience de formation pour les personnels, promiscuité y étaient dénoncées (une fois de plus, après x rapports faisant les mêmes constats). Peu auparavant, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait elle aussi posé un diagnostic sévère : peu de réinsertion sociale après prise en charge carcérale, nombre croissant de malades accueillis sans leur consentement dans les hôpitaux, flou entourant le concept de dangerosité psychiatrique… Un déficit majeur en termes de recherche était pointé, faisant de la psychiatrie « la parente pauvre de la recherche en santé ».

Pour « une démocratie sanitaire et sociale de proximité »

La Cour des comptes a émis, entre autres, quatre recommandations essentielles, rejoignant les réclamations émises depuis longtemps par les organisations professionnelles. Il s’agit pour elle de « définir dans le code de la santé une mission de service public de proximité spécifique à la psychiatrie », de délimiter les conditions de fonctionnement des diverses activités existantes en la matière, de hiérarchiser l’offre de soins de proximité et les structures desservant de plus larges territoires, et enfin de généraliser les conseils locaux de santé mentale (CLSM). Une volonté politique est requise.

Le thème est dans l’air : le 6 janvier, l’association Élus, santé publique et territoires réunissait à Paris plusieurs expériences en matière de santé mentale et favorisait l’échange entre associations et élus locaux, pour « une démocratie sanitaire et sociale de proximité ». Il est désormais question d’inscrire les « bonnes pratiques » dans les CLSM en cours d’élaboration entre les agences régionales de santé (ARS) et les villes. À ce propos, l’agence régionale de santé d’Ile-de-France organisera le 14 février à Paris un forum intitulé Santé mentale : enjeux, innovations et perspectives, avec proposition d’échanger sur le concept de santé mentale et de « présenter la nouvelle vision » de l’ARS en la matière… Et comme c’est l’époque des vœux, le Collectif des 39 – qui donne son prochain rendez-vous le 17 mars à la Parole errante de Montreuil (93) – appelle à « ne pas oublier la grande diversité que présentent les êtres et les âmes ».