N° 1021 | du 9 juin 2011

Faits de société

Le 9 juin 2011

La politique du handicap en faillite ?

Joël Plantet

Discours vertueux des pouvoirs publics contre état des lieux catastrophique des associations : le 8 juin, la conférence nationale du handicap devait rappeler au gouvernement quelques promesses à ne pas oublier.

« Je n’ai pas l’intention de diluer le handicap dans la dépendance. La situation des handicapés était une priorité en 2007 et le restera… Je me suis de longue date engagé sur la question de la scolarisation des enfants handicapés, elle sera à l’ordre du jour de la prochaine conférence nationale du handicap », a promis le chef de l’État en février dernier. On pouvait alors entendre, pour les plus optimistes, que l’accompagnement par les auxiliaires de vie scolaire (AVS) trouverait une forme de pérennisation et de professionnalisation à la prochaine rentrée…

Globalement, le gouvernement a beau arguer de la revalorisation de l’allocation adulte handicapé (AAH), de l’amélioration supposée de la situation de l’emploi des personnes en situation de handicap ou de l’aspect « non négociable » de l’échéance 2015 pour l’accessibilité : les professionnels sont plus qu’inquiets. Début mai, la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale, Roselyne Bachelot, était interpellée lors du congrès de l’association des paralysés de France (APF) sur une politique décrite comme étant « en faillite » malgré l’adoption de la loi de 2005 destinée à favoriser l’intégration des personnes handicapées. Quelques manifestations gadget ne peuvent se substituer à une volonté politique : le 12 mai dernier, les ministres Baroin et Tron avaient décrété une journée intitulée Handicap et fonction publique, la volonté de réussir. Les syndicats avaient rappelé à cette occasion que le taux d’emploi restait bien en deçà de l’objectif des 6 % imposé par la loi…

Discours lénifiants des pouvoirs publics, besoins en augmentation

Récemment créée, une Conférence des gestionnaires regroupant quatorze organisations en charge du handicap a pointé une « rupture » des moyens affectés au secteur intervenue en 2010 et se poursuivant cette année. Les rythmes de progression sont passés de 10 % à la fin des années quatre-vingt-dix à environ 4 % ces dernières années, avant d’être proches de zéro… Ce gel, en décalage avec les discours lénifiants des pouvoirs publics, intervient alors que les besoins sont en augmentation.

Le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) a pour sa part rappelé ses priorités : « garantir la soutenabilité budgétaire des engagements contenus dans la loi » en matière de scolarisation de jeunes handicapés, d’accueil en établissements, de « juste compensation du handicap » ou de ressources des personnes handicapées sans emploi ou en voie d’insertion professionnelle… Il préconise également l’augmentation des services adaptés pour les aidants, eux-mêmes vieillissants et angoissés de l’avenir de leur parent handicapé. Le Conseil rappelle enfin le retard pris dans « le chantier de l’accessibilité du cadre bâti ». D’autres instances, tels l’Observatoire interministériel de l’accessibilité et de la conception universelle (OIACU) ou l’Observatoire national sur la formation, la recherche et l’innovation sur le handicap (ONFRIH) ont elles aussi émis leurs préconisations.

Tout en réaffirmant son refus du recours à des services d’accompagnement sexuel qualifiés de « réponse marchande contraire à la dignité des femmes », la ministre a saisi le comité consultatif national d’éthique à ce sujet. Quoi qu’il en soit, la conférence nationale du handicap, organisée le 8 juin à Paris, devait dresser un bilan depuis la dernière édition de 2008 et déterminer les grands chantiers politiques du handicap. Le Président de la République devait intervenir en fin de journée, avec quelques annonces sur la scolarisation des enfants handicapés, un rapport sur les accompagnants des élèves handicapés lui ayant été rendu quelques jours auparavant, fin mai.