N° 859 | du 1er novembre 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 1er novembre 2007

La pauvreté, un enjeu politique

Joël Plantet

Le gouvernement s’est engagé à réduire la pauvreté — qui concerne de plus en plus de jeunes et de travailleurs — d’un tiers en cinq ans. Installé pour plusieurs mois, le « Grenelle de l’insertion » aura-t-il l’envergure suffisante pour changer la donne ?

À l’initiative de deux associations, Cœur des haltes et Pulsart, une exposition « multimédia, urbaine et éphémère » a eu lieu au cœur de Paris du 17 au 21 octobre. Intitulée Hors de toit, cinquante œuvres de jeunes en situation d’errance, créées à partir d’ateliers d’écriture, d’arts plastiques, ou d’infographie étaient présentées au public [1]. Issues d’actions menées depuis 2005 avec des personnes fréquentant différentes structures d’accueil associatives, les créations se sont intéressées à la relation à l’autre, au corps, à la lutte contre la fatalité. Valorisant de véritables savoir-faire artistiques, cette démarche forte a permis de sensibiliser l’opinion aux problématiques de l’errance et de la précarité. Voire d’interpeller le politique.

En 1987, à l’initiative du fondateur d’ATD-Quart-Monde, Joseph Wresinski, cent mille personnes s’étaient rassemblées un 17 octobre pour « affirmer leur conviction que la misère n’est pas fatale ». Cinq ans plus tard, l’ONU en a fait une journée mondiale du refus de la misère. Cette année, 100 000 personnes en France, dont 20 000 à Paris, ont commémoré cette date : des villages de la solidarité ont proposé forums et ateliers associatifs pour mieux lutter contre le clivage entre nantis et démunis. Le chef de l’État — qui avait reçu l’avant-veille à l’Élysée les grands réseaux de lutte contre la pauvreté (sur la suppression de l’article 21 du projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration) — s’est vu remettre au conseil économique et social (CES) une « déclaration de solidarité » signée par 150 000 personnes.

C’est dans le cadre de ce vingtième anniversaire et devant le CES, que Sarkozy a promis aux sept millions de personnes vivant en France sous le seuil de pauvreté de « réduire d’un tiers la misère ». Dans la foulée, le haut-commissaire aux Solidarités actives, Martin Hirsch s’engageait à porter le nombre de « pauvres » à cinq millions, soit deux millions de moins qu’aujourd’hui. Excellente idée. ATD Quart-Monde, pour sa part, rappelait quelques données moins connues : un million de personnes sont aujourd’hui hébergées par d’autres en France, la pauvreté, qui atteint 12,1 % de la population, a augmenté en une seule année de 260 000 personnes… Et on apprenait le 24 octobre que le nombre de familles surendettées était en expansion.

Destiné à se prolonger jusqu’au printemps, ce Grenelle balaiera large

Sur les cinq prochaines années, les politiques publiques — économique et sociale, fiscale, familiale, concernant l’emploi, la santé, l’éducation et le logement — pourraient se voir (enfin) concernées par le sujet. Sceptiques, craignant qu’un objectif chiffré ne laisse de côté les plus vulnérables au profit de ceux qui sont plus facilement insérables, les associations de lutte contre l’exclusion refusaient de signer le texte gouvernemental… En toute logique : le 20 septembre dernier, huit d’entre elles avaient encore protesté contre la réduction de 25 % des contrats aidés et le plafonnement de postes en entreprise d’insertion…

Il y a un an, une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) avait dénombré 3,5 millions d’allocataires de minima sociaux (RMI, API, ASS…), soit 7,5 % de la population des 20 ans et plus. Un Grenelle de l’insertion se déroulera à partir des 23 et 24 novembre prochains (à Grenoble, où étaient initialement prévues, aux mêmes dates, des Rencontres nationales de l’expérimentation sociale), avec pour thèmes principaux l’insertion par l’activité, les droits et les devoirs des personnes et l’insertion dans les entreprises… Destiné à se prolonger jusqu’au printemps, ce Grenelle balaiera large, « à destination de ceux qui ont besoin d’une transition brève vers l’emploi mais aussi de ceux pour lesquels un soutien durable est nécessaire. » Les partenaires sociaux et les entreprises y seront associés.

Les idées sont déjà là, en germe : fusion des minima sociaux pour aboutir à un contrat unique d’insertion, revenu de solidarité active (RSA, qui doit concerner vingt-cinq départements en 2008), effectivité du droit au logement opposable, plan d’action pour les quartiers en déshérence, et même intégration des années de bénévolat associatif pour le calcul de la retraite [2]… Une étude d’impact des mesures législatives et réglementaires prises dans les domaines social, fiscal et environnemental sur le niveau de vie des personnes vivant dans la précarité sera initiée, de même qu’un suivi régulier de l’évolution de la pauvreté.

L’hiver approche et tous azimuts, les associations rappellent au politique les lacunes et le chemin à parcourir. Fin novembre, la première conférence de consensus sur les sans abri, organisée par la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) tentera de définir « une action politique en direction des sans abri à la fois efficace et pérenne, au-delà des clivages politiques et des enjeux électoraux ». Elle rendra publiques ses recommandations en décembre.


[1Pulsart - 19 rue Gaston Lauriau - 93100 Montreuil. Tél. 01 48 58 28 24

[2Le 16 novembre de 19 à 22 heures, l’émission L’Antenne sociale (Radio-Libertaire, 89.4 Mhz en Ile-de-France, ou sur Internet) aura pour thème : RMI : où est l’insertion ?