N° 977 | du 17 juin 2010 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 17 juin 2010 | Nathalie Bougeard

La loi du ghetto. Enquête dans les banlieues françaises

Luc Bronner


éd. Calmann-Lévy, 2010 (259 p. ; 17 €) | Commander ce livre

Thème : Banlieue

Dans son introduction, le journaliste Luc Bronner fait appel au sociologue Didier Lapeyronnie pour définir le terme de ghetto : « Pour que se constitue un ghetto, il faut à la fois la fermeture d’un territoire vis-à-vis du reste de la société et la construction dans cette cité d’une contre-société ou d’un mode de vie particulier », indique le spécialiste.

Une définition précise que d’aucuns refusent d’appliquer aux quartiers dits « difficiles ». Et si on pressent que l’auteur lui-même a hésité à qualifier ces banlieues de ghettos, sa démonstration est implacable.
Journaliste au Monde, en charge des banlieues depuis plusieurs années, Luc Bronner alterne dans ce livre facile à lire, les reportages sur le terrain et la prise de distance en convoquant des chiffres et des experts. Dans les premiers, l’auteur nous plonge dans la réalité : les trafics en tout genre, les embuscades contre les policiers, les batailles rangées entre bandes, les règlements de compte, les menaces sur les habitants du quartier, les tabassages de gardiens d’immeuble, etc. D’ailleurs, les titres des chapitres mettent immédiatement les points sur les i : l’automutilation, hormones, le bizness, les frontières, les hiérarchies invisibles, les tabous de l’immigration, l’ombre médiatique, désert politique, l’ennemi intérieur et enfin, zones de non-droit. Si les faits sont aussi accablants qu’attristants, Luc Bronner ne cède jamais à la caricature en se contentant de décrire la violence. Car à côté de cette dureté, il raconte également et ce, avec force conviction, le rôle des associations, l’indispensable présence des travailleurs sociaux, les appartements trop petits, le délit de « sale g. », etc.

Toutefois, que ses terrains d’enquête s’appellent Vitry-le-François (Marne), Cavaillon (Vaucluse) ou encore Grigny, Noisy-le-Sec ou Montfermeil, le journaliste ne s’en tient pas qu’aux faits. Il interroge le système français et ses blocages. Ainsi, Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Ined (Institut national des études démographiques) a-t-elle tenté de chiffrer la part de jeunes d’origine étrangère ville par ville. Pas de surprise quant à l’augmentation de la proportion de jeunes d’origine étrangère sur ces quarante dernières années. « Mais là où l’étude de la démographe devient politiquement explosive, c’est dans l’analyse de la répartition de la population. Parce qu’elle montre l’ampleur des phénomènes de ghettoïsation à l’œuvre dans les banlieues françaises, notamment autour de pays », souligne Luc Bronner. Pour preuve, les chiffres indiquent qu’« en 2005, la proportion des jeunes d’origine étrangère dépasse 60 % dans vingt villes. Toutes, sauf Vaux-en-Velin, sont en Ile-de-France ». Autre mise au point importante, la mise en place d’un arsenal juridique visant à « tenir les quartiers » : « Contrairement aux idées reçues, cet arsenal répressif – dix-sept lois votées entre 2001 et 2009 – a été largement coproduit par la Gauche et la Droite », conclut le journaliste.


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