N° 755 | du 2 juin 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 2 juin 2005 | Jacques Trémintin

La laïcité 1905-2005 entre passion et raison

Jean Baubérot


éd. le Seuil, 2004, (280 p. ; 21 €) | Commander ce livre

Thème : Laïcité

La laïcité reste un débat permanent qui attise les passions, même si l’on ne sait pas toujours ce qu’elle recouvre. Pendant longtemps, le pouvoir religieux et le pouvoir civil ont été sinon confondus, au moins très liés. Timidement esquissée par une royauté désireuse d’autonomiser son rôle, la sécularisation prend une ampleur inégalée avec la Révolution. Si, avant 1789, l’État tout comme l’individu était tenu à des obligations envers l’Église, les révolutionnaires, en établissant le principe de liberté de conscience, ont émancipé l’individu de toute contrainte religieuse, la croyance étant dès lors considérée comme devant relever du seul choix personnel.

Le concordat signé en 1802 avec le Vatican maintient toutefois des devoirs de l’État à l’égard d’un catholicisme considéré encore comme religion officielle. C’est en 1905 que, par une loi devenue fameuse, s’opère la séparation de l’Église et de l’État, ce dernier n’ayant plus aucune autre obligation que celle de garantir l’exercice de la liberté de conscience. Le principe de laïcité est clair : ne privilégier aucun culte, tout en préservant l’expression de tous. L’un des premiers lieux d’application de cette nouvelle loi est l’école. Cette institution fut pendant des siècles réservée aux enfants de nobles, de juristes et de marchands. C’est la contre-réforme qui incita l’Église à diffuser sa pastorale au sein du peuple. C’est dire si l’instruction religieuse et morale fut longtemps au cœur de l’enseignement.

Conformément au nouveau principe de neutralité, l’Église ne devait plus détenir le monopole de la transmission des savoirs et des valeurs. Les Républicains commencèrent par instaurer la gratuité de l’école (1881), puis son caractère obligatoire (1882). Deux mesures s’inscrivirent en rupture avec le passé : l’instruction religieuse fut remplacée par l’instruction civique et le droit de surveillance et d’inspection de l’enseignement dévolu jusqu’alors au ministère des Cultes fut supprimé. Mais la liberté du culte fut préservée, le jeudi étant réservé au catéchisme. Une telle évolution ne se fera pas sans conflits. Sa mise en œuvre se fera par étape : ainsi, le ministère désavouera-t-il la précipitation avec laquelle les crucifix sont enlevés dans certaines salles de classe et « les devoirs envers Dieu » resteront officiellement inscrits dans les cours d’instruction civique jusqu’en 1923 !

Une morale laïque se met en place progressivement : à la charité chrétienne est opposé le principe de solidarité humaine. Après un siècle d’application de cette loi, si la dissociation entre appartenance citoyenne et appartenance religieuse ou convictionnelle n’est plus remise en cause par quiconque (du moins pour la France), reste entière la question de l’accommodement raisonnable qu’il faudra réussir à trouver entre particularisme et universalisme : « l’ordre public d’un pays démocratique doit permettre de concilier différentes libertés sans désorganiser le vivre ensemble » (p.238).


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