N° 1134 | du 6 février 2014

Faits de société

Le 6 février 2014

L’inégalité scolaire, chantier majeur

Joël Plantet

PISA l’avait montré : en France, les difficultés sociales pèsent sur les résultats scolaires de façon inquiétante, et les inégalités s’accroissent. Les décrocheurs représentent le grand échec des politiques éducatives. Que faire ?

Refonder l’éducation prioritaire. Réduire les inégalités sociales et territoriales. Vaincre le décrochage scolaire : autant de leitmotivs avancés depuis des décennies. Et pourtant… Les établissements classés ZEP décrochent massivement du système général (20% des collèges sont aujourd’hui classés en ZEP, contre 10% il y a trente ans).

Le 16 janvier, un plan ministériel pour une éducation prioritaire destinée à devenir le « lieu privilégié de l’innovation pédagogique » a prévu (pour la rentrée 2015, après une phase d’expérimentation) la revalorisation des enseignants ZEP, une plus forte association des parents à la vie de l’école, le développement d’internats de proximité et un accompagnement continu jusqu’à 16h 30 pour les élèves de sixième. Mais… Sortira-t-on un jour d’un empilement de dispositifs qui, fondamentalement, ne redistribue pas une donne foncièrement inégale ? Un rapport récent – et ignoré… – préconisait de refuser une logique, stigmatisante, de zones pour accorder des financements selon la composition sociale et le niveau scolaire des élèves.

Face à l’échec global du « traitement de la grande difficulté au cours de la scolarité obligatoire », il s’agit de réorganiser les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) et les sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), conseille un autre rapport de deux inspections (IGEN et IGAEN) en observant que « l’organisation du collège est mal adaptée (et peu adaptable) à la spécificité des élèves les plus fragiles ». Les aides périphériques à la classe doivent gagner en cohérence et s’articuler dans un projet d’accompagnement personnalisé. Une « grande inégalité territoriale entre des lieux où il n’y a rien […] et d’autres sites où jusqu’à huit à dix possibilités sont proposées entre 16h 30 et 18heures » est dénoncée.

La question des moyens

Que faire des décrocheurs (« jeune qui quitte un système de formation initiale sans avoir obtenu de diplôme de niveau 5 (BEP ou CAP) ou de niveau supérieur (baccalauréat) » selon la définition du ministère) ? 140 000 adolescents sont concernés, deux fois plus exposés au chômage, et condamnés à une future précarité. Créées en 1998 dans les collèges, souvent animées par des éducateurs (issus de la Protection judiciaire de la jeunesse ou des collectivités territoriales) et des instituteurs spécialisés, les classes relais tentent de remédier à certaines situations individuelles problématiques. Mis en place en décembre 2012, le réseau Formation-qualification-emploi (Foquale) affiche des résultats plutôt intéressants avec 34 000 élèves décrocheurs pris en charge pour l’année 2013. Vingt-trois mille d’entre eux se sont emparés d’une « solution de formation », les 11 000 autres se trouvant dans une « phase transitoire ».

Le 8 janvier, le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, annonçait davantage d’accompagnement personnalisé et de « deuxième chance », des pédagogies différenciées, une formule aménagée du service civique… Autant de bonnes idées. Reste la question des moyens. Objectif proclamé : « raccrocher » 25 000 jeunes en 2014 et diviser par deux le nombre de jeunes décrocheurs d’ici la fin du mandat présidentiel. Certains, sceptiques, se méfient de cette « politique du chiffre », et une grève aura lieu le 12 février pour réclamer la titularisation des personnels concernés par le décrochage scolaire, le plus souvent contractuels, eux-mêmes en voie de précarisation. Souvent préconisé, le plan Marshall des banlieues n’a jamais vu le jour. Des saupoudrages d’agents médiateurs, d’auxiliaires, ici ou là, en revanche, oui.