N° 1067 | du 21 juin 2012

Faits de société

Le 21 juin 2012

L’école des rapports secrets

Joël Plantet

Une fois levée la rétention de rapports administratifs par le gouvernement précédent, l’état de l’école apparaît dans une tout autre vérité, plutôt dérangeante. Tour d’horizon d’un paysage abîmé.

C’est dans l’air du temps, c’est l’open data [ouverture de données, libération d’informations brutes]. Récemment, le ministère de l’Education nationale mettait en ligne dix-sept rapports de ses inspections générales (celle de l’éducation nationale et celle de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche) publiés en 2011 mais restés au fond des tiroirs de son prédécesseur.

Ces rapports sont consacrés en vrac à l’école maternelle, à la mise en œuvre de la réforme de la formation des enseignants, aux classes pour l’inclusion scolaire (CLIS), au remplacement des enseignants absents ou encore aux internats d’excellence. Ils pointent l’acuité du problème des remplacements, la nécessité d’une formation adaptée pour les professeurs des classes maternelles ou encore le coût des internats d’excellence.

On y apprend entre autres que l’enseignement public, dont des milliers de postes de remplaçants ont été supprimés depuis 2007, « est par ailleurs confronté à une insuffisance des viviers des professeurs remplaçants que, pour le moment, ni le recours à Pôle emploi, ni l’appel à de jeunes retraités ne permettent de compenser ». Ou que le coût hors masse salariale des internats d’excellence avoisine les 10 000 € par an et par élève. Il y est fait état de multiples données dérangeantes : la non prise en compte de la fatigue et du stress des jeunes enseignants du second degré ou « le poids des déterminismes sociaux » dans les choix d’orientation, par exemple.

Les risques de sortie du système éducatif après la classe de seconde professionnelle, ou encore l’abandon de la pédagogie différenciée au profit d’un accompagnement spécifique et complémentaire pour les élèves en difficulté en dehors des heures de classe, sont également pointés. L’aide individualisée mise en place par Xavier Darcos pour pallier la suppression de huit mille postes des réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased) est remise en question.

De nombreux partenaires associatifs avaient dénoncé la rétention d’informations

Dans un rapport sur l’enseignement professionnel (le cinquième rédigé en quatre ans), les rédacteurs soulignent les tensions au niveau local entre deux objectifs nationaux – élévation du niveau de qualification d’une part, réduction des sorties sans qualification d’autre part – dans les décisions d’orientation et d’ajustement des parcours. Expérimenté dans cent cinq collèges et lycées dans les années 2010-2011, le programme Collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite (Clair) ne fait pas non plus l’unanimité : « désarroi » des chefs d’établissements sélectionnés « dans l’urgence », cadrage insuffisant, retards importants dans la mise en œuvre des mesures du programme…

De nombreux partenaires associatifs avaient dénoncé la rétention d’informations : la fédération de parents d’élèves FCPE, le collectif Interstat des syndicats des services statistiques ministériels, de même que celui des Déchiffreurs de l’éducation, créé pour vérifier les statistiques du système éducatif. L’association des maires ruraux de France (AMRF) avait même saisi la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) pour avoir accès à un rapport sur l’école numérique rurale (juin 2011). Publié in extremis par le gouvernement Fillon, le décret très contesté sur la réforme de l’évaluation des enseignants sera finalement abrogé avant la fin août.

Comme si tout cela ne suffisait pas, un rapport de la Cour des comptes du début de ce mois de juin estime que l’ancien ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a supprimé plus de postes que prévu en 2011 (+1300 postes en collèges et lycées publics)…