N° 1054 | du 15 mars 2012

Faits de société

Le 15 mars 2012

L’assistanat au mépris de l’assistance

Marianne Langlet

Le travail contre l’assistanat. La campagne à droite est construite sur cette opposition. Sur le terrain, des travailleurs sociaux racontent une tout autre réalité.

Assistanat. Le mot est à la mode. Il y a eu l’assistanat, « cancer de la société », selon Laurent Wauquiez. Il proposait une obligation de cinq heures de travail pour les allocataires du RSA. Alors décriée, la proposition est aujourd’hui expérimentée dans seize départements à raison de sept heures par semaine. Le candidat président promet de la généraliser et de la rendre obligatoire. Car, il l’a dit à Lille, le 23 février dernier : « La crise sans précédent que nous vivons, […] c’est une crise de l’assistanat qui avait fini par payer d’avantage que le travail. »

Et il va plus loin. La lutte contre l’assistanat touche, au-delà des allocataires de minima sociaux, les chômeurs. Sa proposition fera l’objet d’un référendum : « Un nouveau système dans lequel l’indemnisation ne sera pas une allocation que l’on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l’emploi versera à chaque demandeur d’emploi en contrepartie de la formation qu’il devra suivre. » Plusieurs associations réagissent : comment est-il possible de faire porter la responsabilité du chômage aux chômeurs dans un contexte économique si complexe ? « L’enjeu de la lutte contre le chômage n’est plus de trouver des emplois pour des personnes qui en cherchent mais de faire sortir les assistés, par l’incitation ou la contrainte, d’un mode de vie qu’ils auraient choisi », résumaient des sociologues, des responsables associatifs et des politiques dans une tribune (Le Monde du 10 juin 2011) intitulée L’assistanat est un faux sujet. La politique sociale du pouvoir en place, RSA compris, est construite sur ce postulat : le chômage, la précarité sont des modes de vie choisis, les personnes concernées en sont responsables.

« Nous sommes fiers d’assister ! », lance l’ANAS

Or, la réalité est tout autre. Les travailleurs sociaux en témoignent. « Oui, des personnes sont assistées, par la force des choses : dans notre région, il n’y a plus d’emplois et les minima sociaux sont l’unique solution », appuie Franck Ruet, référent RSA au centre socioculturel de Fourmies dans le département du Nord. Il se dit indirectement touché par l’emploi du terme d’assistanat : « Ce discours signifie que, puisque nous assistons ces personnes, nous cautionnons l’assistanat. C’est méprisant. » Pour Karine [1], assistante sociale d’un service de polyvalence d’une grande ville, l’emploi de ce terme montre « une méconnaissance totale de la réalité ». « Mon métier c’est avant tout du lien, rendre de la dignité aux personnes car contrairement à ce terme d’assisté qui les assimile à des feignants ou des fraudeurs, nous voyons bien qu’elles ont, au contraire, honte à nous solliciter ».

Elle regrette que le terme d’assistance qui sous-tend la qualification de son métier entraîne une confusion avec l’assistanat. Rien à voir, clame l’association nationale des assistants sociaux (ANAS) qui lance : « Nous sommes fiers d’assister ! ». « L’assistance est une forme d’aide, une étape parfois, qui peut être nécessaire, voire vitale, dans la relation d’aide », souligne l’association. À l’inverse, « le supposé assistanat désigne une relation sociale qui maintiendrait des individus dans un état de dépendance ». Or, cette situation n’existe pas, tranche l’association. Même si quelqu’un le voulait, le contrôle aujourd’hui exercé sur les minima sociaux le rendrait impossible. « Penser les « assistés » comme des personnes libres de s’adonner à des calculs et des stratégies de profiteurs, c’est croire à une liberté d’agir qui ne vit que dans l’esprit de ceux qui ne connaissent rien à l’appauvrissement des populations », ajoute l’ANAS. L’association estime que l’exploitation de ce terme à des fins politiciennes n’a qu’un effet : accroître la stigmatisation des plus fragiles.


[1Le prénom a été changé