N° 1087 | du 20 décembre 2012

Faits de société

Le 20 décembre 2012

L’aide alimentaire en état de siège

Joël Plantet

Qu’elle soit nationale ou européenne, la solidarité institutionnelle et les principes fondateurs ont du plomb dans l’aile. Chiffres à l’appui, la pauvreté et l’exclusion sociale s’étendent massivement…

Le devoir de solidarité européenne ne serait-il valable que pour sauver les banques ? Au moment où l’institution d’information statistique Eurostat annonçait que la zone euro venait de dépasser le seuil de 10 % de sa population active au chômage et quelques semaines après que l’Union européenne se soit vue attribuer le Prix Nobel de la paix, celle-ci annonce pour 2014 la division par quatre du budget de son Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD). Celui-ci fut créé en 1987 et concerne quelque dix-huit millions de personnes (dont quatre millions de Français). Son principe est simple – utiliser les surplus de la politique agricole commune (PAC) – mais, du fait de l’évolution de celle-ci, six pays – dont l’Allemagne – étaient passés par la Cour de Justice européenne pour imposer désormais que l’aide alimentaire ne relève plus que du seul ressort des États.

Le Secours catholique organisait le 21 novembre une pétition et un pique-nique ironique avec des assiettes vides devant l’Assemblée nationale pour défendre le PEAD. Celui-ci, dans l’Hexagone, se traduit en effet par l’activité de quatre associations (Secours populaire, Banques alimentaires, Restos du cœur, Croix-Rouge, qui jamais n’ont accueilli autant de bénéficiaires…). Ainsi, l’an dernier, le Secours populaire a distribué 186 millions de repas, dont 40 % relevaient du seul programme européen. Plus largement, le même Eurostat indiquait le 3 décembre dernier que près du quart de la population de l’UE – environ 120 millions d’habitants – se trouvait menacé d’exclusion sociale ou de pauvreté en 2011, chiffre en augmentation par rapport à 2010. Tollé général et négociations au piètre résultat : au final, pourtant appuyé sur l’ambitieux principe de réduire d’un quart la pauvreté en Europe d’ici à 2020, le PEAD serait doté de 2,5 milliards d’euros sur sept ans, alors qu’il faudrait 3,5 milliards pour maintenir l’aide à son niveau actuel, et que ses besoins sont estimés à 4,5 milliards d’euros…

En France, une personne pauvre sur trois est un enfant

L’ex-Défenseure des enfants, Dominique Versini, et ATD Quart Monde ont récemment évoqué les enfants pauvres dans notre pays. Deux chiffres chocs : un enfant sur cinq est en situation de pauvreté et une personne pauvre sur trois est un enfant.

L’atteinte aux droits fondamentaux de celui-ci est évidente : inégalités croissantes dans l’accès aux soins, incidence sur le parcours scolaire, offre d’accompagnement des parents « trop dispersée et peu visible », alternatives au placement peu développées, absence de politique publique coordonnée pour l’insertion sociale et professionnelle des 16-25 ans… Réclamant une politique nationale de l’enfance, le rapport, appuyé sur dix recommandations, estime qu’un crédit d’impôt universel égal pour tous permettrait « de faire sortir rapidement au moins 500 000 enfants d’en dessous du seuil de pauvreté. »

Pas de lame de fond, mais quelques mesures ont été annoncées à la fin de la conférence de lutte contre la précarité et pour l’inclusion sociale des 10 et 11 décembre derniers. L’augmentation du RSA socle de 10 % d’ici à 2017, la revalorisation du plafond de la CMU, la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence et d’autant en CADA, des contrats d’insertion pour 100 000 jeunes, la création d’un registre national des crédits pour prévenir le surendettement ont été annoncés… Parlant d’un bilan mitigé, les associations restent vigilantes. Toutes ces mesures restent d’ailleurs à confirmer par leur adoption sous forme de plan quinquennal gouvernemental, qui sera annoncé le 22 janvier 2013 au comité interministériel de lutte contre l’exclusion (CILE).