N° 1016 | du 28 avril 2011

Critiques de livres

Le 28 avril 2011 | Jacques Trémintin

L’âge de l’empathie. Leçons de la nature pour une société solidaire

Franz de Waal


éd. Les liens qui libèrent, 2010 (391 p. ; 22,50 €) | Commander ce livre

Thème : Relations

L’espèce humaine constitue un groupe d’animaux coopérants, sensibles à l’injustice, parfois bellicistes, mais essentiellement pacifistes. Elle est composée d’individus pouvant être décrits soit comme des êtres dépendant les uns des autres, mais devant combattre leurs pulsions agressives égocentriques ; soit comme des sujets en compétition, mais dotés de grandes capacités de compassion. C’est ce double visage, à la fois social et égoïste, que nous décrit ici Franz de Waal, psychologue, primatologue et éthologue, en établissant un parallèle entre nos modes comportementaux et ceux de certains grands singes avec lesquels nous partageons 98,7 % de nos gènes. Bien sûr, tous les animaux sont confrontés à la compétition pour le partage de la nourriture, l’appropriation du territoire et la possession du partenaire sexuel. Le monde de la nature est tellement riche et diversifié, que l’on peut y trouver autant d’exemples que l’on veut, illustrant tant la tolérance que l’intolérance, l’altruisme que la cupidité.

Pour autant, la survie de nombre d’espèces a toujours tenu non à leur capacité à s’éliminer les uns les autres, mais bien au contraire, à pouvoir compter les uns sur les autres. Il n’en va pas différemment de la société humaine qui n’a pu se perpétuer, depuis des millénaires, qu’en trouvant le juste équilibre entre des mobiles très individualistes et d’autres bien plus solidaires. La vision utilitariste s’appuie sur une conception particulièrement cynique de nos motivations, prétendant que ce qui nous pousserait vers l’autre, serait avant tout lié à l’intérêt personnel que chacun chercherait à obtenir. Mais de la même façon que l’activité sexuelle ne vise pas nécessairement la reproduction et que les soins parentaux ne se limitent pas à leur seule progéniture, l’aide apportée à autrui ne dépend pas du calcul mental de l’acteur sur les coûts et les bénéfices attendus, ni quand et comment il va pouvoir en tirer profit.

De tout temps, les catastrophes ont généré des individus qui se précipitent dans des maisons en feu ou sautent dans des rivières glacées pour sauver de parfaits inconnus. L’empathie n’est donc pas une caractéristique récente, mais une capacité innée et automatique, sur laquelle nous n’avons que bien peu d’emprise. Elle est le produit de notre identification émotionnelle à nos congénères. Mis à part les psychopathes, aucun être humain n’est immunisé contre la détresse d’autrui. La règle d’or universellement reconnue qui en découle est bien que nous estimons nécessaire que les autres soient traités comme nous-mêmes souhaitons l’être. Aussi impitoyable et sauvage que puisse parfois se montrer l’être humain, la survie de sa communauté va de pair avec l’équité, l’entraide et la compassion.


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