N° 1139 | du 17 avril 2014

Faits de société

Le 17 avril 2014

Jeunesse : rien ne bouge (pour l’heure)...

Joël Plantet

Comment éviter la désespérance sociale qui gagne la jeunesse ? En mars, un Comité interministériel de la jeunesse a fait quelques promesses… Mais le malaise est de taille. Les dernières élections l’ont surligné.

Souvent qualifiée — y compris par elle-même — de « sacrifiée », « désenchantée », voire de « perdue », la jeunesse s’inquiète et inquiète. Désabusée de la chose politique, elle s’est peu manifestée aux dernières élections municipales. Aux abonnés absents, mais munie d’« un fort potentiel de révolte », préviennent les sociologues. Mis en ligne par France Télévisions, un questionnaire adressé aux 18-34 ans (210 000 réponses) a récemment révélé l’ampleur du désarroi de cette génération. Invoquant une spirale de déclassement, les trois-quarts d’entre eux estiment que leur vie sera moins facile que celle de leurs parents ; une grande majorité imprègnent leur projection dans l’avenir de la crainte du chômage, ne se sentent pas reconnus, se défient comme jamais auparavant de la politique (et de la police), dénoncent l’inégalité des chances…

Le Secours populaire français et d’autres associations constatent un afflux inquiétant de jeunes précaires. Même la jeunesse la plus éduquée et diplômée estime ses perspectives trop sombres, envisageant de plus en plus massivement de s’installer à l’étranger. Fin février, l’Assemblée nationale adoptait une proposition de loi pour protéger les jeunes stagiaires en immersion professionnelle — estimés chaque année à 1,2 million d’étudiants ou lycéens —, limitant leur durée et le nombre des stagiaires par entreprise. On sait la tension existante — et la mobilisation croissante des étudiants — dans les instituts de formation de travail social sur la question, à peine dégonflée par la création d’un fonds de transition d’environ cinq millions d’euros destiné à aider les structures en incapacité d’indemniser. Satisfaction minimale : même le sage Conseil économique, social et environnemental (CESE) préconise « d’aller plus loin dans la démarche ».

Un questionnaire adressé aux 18-34 ans a révélé l’ampleur du désarroi de cette génération

« Faire en sorte que les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012 », avait généreusement promis le candidat Hollande… Il y a quelques semaines, en mars, un Comité interministériel de la jeunesse (CIJ, deuxième), s’est tenu sous l’égide de la ministre concernée, Valérie Fourneyron, et du Premier ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault, avec dix-huit ministres. La rencontre a voulu vérifier l’avancement des treize chantiers (comprenant quarante-sept mesures) prévus par le plan Priorité jeunesse, concernant l’orientation, la formation, l’emploi, le logement, la santé, l’accès aux loisirs…) : il y apparaissait que près de la moitié étaient encore à mettre en œuvre… Certes, quelques avancées avaient été enregistrées en termes de garantie jeunes, de contrats de génération, d’emplois d’avenir ou d’accès à la couverture maladie universelle…

Mais le début de volonté politique reste encore bien en deçà des besoins : les organisations de jeunesse s’impatientent, Génération précaire, par exemple, parlant insolemment de « mesures pipi de chat » et l’UNEF d’une priorité jeunesse « loin d’être concrétisée ». Le Forum français de la jeunesse revendique simplement d’accéder dès dix-huit ans au droit commun et de ne plus subir de procès d’intention en assistanat. Globalement, comme dans d’autres rubriques, l’impression reste au millefeuille sans cohérence d’ensemble. Dans la foulée de ce CIJ, fin mars, le ministère de la Jeunesse lançait un appel à projets, doté d’une enveloppe de deux millions d’euros, « pour favoriser la création et le développement d’organisations de jeunes – dont les membres et dirigeants ont moins de 30 ans – et leur reconnaissance dans le débat public ». Mais où sont les réformes d’envergure, voire l’électrochoc réclamé par certains, la refondation d’un système éducatif trop élitiste, par exemple ?