N° 1052 | du 4 février 2012 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 4 février 2012 | Katia Rouff

J’ai besoin d’un toit, mais j’ai envie du château de Chambord

Babeth Fourest


éd. Lethielleux, 2010 (204 p. ; 17 €) | Commander ce livre

Thème : Exclusion

« J’espère qu’un jour je pourrais me dire superbe. J’espère que les vautours cesseront de décider de notre sort, et que les loups essayeront de se faire pardonner par les bergers, car les moutons en ont marre d’encaisser les coups », a écrit Karim. Il fréquente l’atelier d’écriture animé par Babeth Fourest dans un centre d’hébergement et de soins infirmiers, géré par le Samu Social de Paris. Un atelier d’écriture avec des personnes en situation de grande exclusion qui existe depuis dix ans. Avant son démarrage, Babeth Fourest a côtoyé les résidents pendant plusieurs mois pour les connaître, gagner leur confiance et les amener tout doucement à se frotter à l’écriture. Des lignes de Verlaine ou de Prévert, la lecture d’histoires drôles, de beaux textes… autant de préalables pour donner envie de s’emparer d’un stylo. 

Marc se lance sur le thème de la douceur. « C’est un samedi matin. Rien ne presse. Il faut ramasser les miettes du petit-déjeuner. Non : rien ne presse. Le goût suave de la première cigarette et sa fumée qui monte dans un rayon de soleil, doucement, paresseusement. Le lit est défait, encore tiède. » L’animatrice a pour objectif de « révéler le visage caché des gens, leur visage d’avant la rue, leur vrai visage. » Ainsi, Théo confie : « Dans les bras de mes parents, je me sentais dans la douceur du monde. » La douceur, Amar, s’en méfie. « Je n’aime pas la douceur ! J’aime qu’on me brutalise de temps en temps, qu’on m’engueule. Un peu de méchanceté, un peu de violence. Trop de douceur c’est fourbe. » Certains assistent longtemps à l’atelier avant d’oser écrire. Lounis, un homme au visage impassible, se jette à l’eau : « Le soleil va se lever. Enfin ! » Cet autodidacte est capable de citer l’Ecclésiaste au détour d’une conversation : « Un temps pour pleurer, un temps pour rire… »


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