N° 1025 | du 7 juillet 2011

Faits de société

Le 7 juillet 2011

Immigration : répression sans fin à Calais

Marianne Langlet

En 2002, le centre pour migrants de la Croix-Rouge à Sangatte ferme sur ordre de Nicolas Sarkozy. « Le problème est réglé ». En réalité, à Calais même, selon l’association Salam, entre cent et trois cents migrants en moyenne attendent de passer la frontière.

Lundi 27 juin, le squat African House à Calais a été évacué par les forces de l’ordre au petit matin. Les migrants, une centaine installée dans ce lieu, certains demandeurs d’asile, se sont regroupés sur un autre squat, lui aussi menacé d’être évacué dans les prochains jours. La répression envers les migrants est, à Calais, incessante. Une répression pour occulter une réalité : la présence d’hommes, de femmes et d’enfants qui tentent, au prix de leur vie, de passer la frontière entre la France et l’Angleterre. Un rapport du collectif No border de Calais migrant solidarity (CMS), publié ce mois de juin, apporte un nouveau témoignage accablant, de ce conflit sans fin.

Depuis juin 2009, ses militants collectent des preuves de la répression dont sont l’objet les migrants dans cette ville frontière. Une répression qui, selon eux, est « systématique et implique des acteurs du bas en haut de l’échelle ». Son but : « Dissuader les réfugiés de s’approcher de la frontière entre la France et le Royaume-Uni en les condamnant à une vie infernale ».

« Je suis parti de mon pays pour fuir la guerre, en espérant trouver la liberté en Europe. Mais je suis passé d’une guerre à l’autre », témoigne un réfugié du Darfour à Calais. Violences physiques directes de la part des forces de l’ordre mais aussi blessures lors des courses-poursuites avec les policiers ou pendant des tentatives de passage de la frontière, CMS a recueilli de nombreux témoignages et filmé certaines scènes. Au-delà de ces violences directes, le collectif dénonce une « utilisation illégale systématique des contrôles et arrestations policiers » des exilés sur leurs lieux de vies, aux endroits de distribution d’aide alimentaire ou d’accès aux soins.

Ce contexte crée « un climat de terreur ». L’observation sur cinq mois faite par l’association compte 1 054 arrestations, soit une moyenne de 210 par mois. La face visible de l’iceberg selon l’association qui n’a comptabilisé que les arrestations auxquelles les militants avaient assisté ou celles validées par des sources fiables. Seule une minorité est envoyée au centre de rétention, les autres passent quelques minutes ou toute une nuit au commissariat de Coquelles puis rejoignent Calais où ils peuvent être de nouveau interpellés le lendemain.

L’association a également documenté la destruction régulière par les forces de l’ordre des abris et biens personnels des personnes mais aussi les contaminations par gaz lacrymogène des seuls points d’eau potable, accessibles aux migrants. Dans ces conditions extrêmes, les problèmes de santé sont nombreux. Une épidémie de gale, notamment, a alerté les associations Médecins du Monde et Médecins sans frontière en 2009. Elles ont proposé une opération conjointe, en lien avec les associations locales.

Mais cette opération n’a jamais eu lieu, la préfecture a lancé sa propre campagne contre la gale ; une opération « incomplète » selon CMS et qui a surtout « empêché qu’éclate au grand jour le scandale des conditions sanitaires auxquelles étaient réduits les exilés de Calais ». Un collectif d’associations et de syndicats dont CMS, le Gisti, la LDH, le Comede, le syndicat de la magistrature et celui des avocats de France, a décidé de saisir le nouveau Défenseur des droits, Dominique Baudis sur ces violences policières (Médecins du Monde faisait une saisine similaire de son côté). Le collectif a été reçu le 27 juin par le Défenseur des droits. Le même jour son service de presse faisait savoir que « le Défenseur des droits va dès à présent instruire le dossier et commencer ses investigations ».