N° 929 | du 14 mai 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 14 mai 2009

Identité nationale : de l’évaluation à la discrimination

Joël Plantet

Définir les critères d’une identité nationale ? La question ne doit pas se confondre avec la gestion des flux migratoires. Le Haut conseil à l’intégration estime discriminante l’évaluation des candidats à l’immigration

À l’approche des élections européennes du 7 juin, Sarkozy exhorte son ministre de l’Immigration et de l’Intégration nationale, Éric Besson, à « poursuivre ce travail sur l’identité nationale, ouvert et sans tabou, de réaffirmation de ce que signifie d’être Français ». Mais, saisi de cette délicate question, le Haut conseil à l’intégration (HCI) a conseillé au gouvernement de ne pas faire de la connaissance des valeurs de la République un simple outil de gestion des flux migratoires. Qui plus est, le HCI a clairement déploré un « procès d’intention en francité fait à une partie de la jeunesse » se vivant « comme citoyens de seconde zone » et « davantage en conflit avec la société et ses modes de fonctionnement qu’avec la République comme forme politique de la nation ».

Et que dire de la discrimination à l’emploi, dans les médias, les tensions avec la police ? Ces sujets avaient fait l’objet de préconisations dans les derniers écrits du HCI, sans pour autant être suivies d’effet. Reste un malentendu à dissiper : « Liberté, égalité fraternité, laïcité, démocratie : nul ne peut en République se soustraire au respect de ces valeurs », avait déclaré Besson le 21 avril, souhaitant même faire de « l’intégration l’une des voies privilégiées de la cohésion sociale », ce qui, en filigrane, pouvait laisser entendre que l’immigration était en elle-même un problème.

Certaines valeurs semblent virtuelles : ainsi l’Égalité…

Certes, pour le Haut conseil, les étrangers s’installant en France doivent bien comprendre les valeurs de la République, et il est nécessaire de renforcer l’apprentissage civique des jeunes… Mais, depuis novembre 2007, la loi sur l’immigration soumet tout candidat à l’immigration, dans son pays d’origine, à un test d’évaluation de sa connaissance du français et des valeurs de la République, avant même de venir en France. Or le HCI considère ce dispositif comme « discriminant » car non précédé d’une formation. Qui plus est, certaines valeurs semblent on ne peut plus virtuelles : ainsi l’Égalité, devise inscrite sur le fronton des mairies, n’est-elle que l’ombre de sa réalité.

Le HCI, qui a rencontré plusieurs associations dans un tour de France des grandes villes, propose d’améliorer le contrat d’accueil et d’intégration (CAI) auquel sont soumis les immigrants réguliers, mais aussi de développer l’éducation des jeunes dans le cadre scolaire et propose même une instruction civique dès la maternelle. Il préconise aussi une meilleure intégration des parents étrangers (projets éducatifs, cérémonies…), une plus importante visibilité des symboles républicains (drapeau, buste de Marianne, devise de la République) et ce même dans les écoles privées sous contrat.

Tout fonctionnaire en contact avec la jeunesse, conseille-t-il, devrait bénéficier d’une formation complémentaire à cet égard. Le HCI demande également de favoriser l’implantation de classes d’accueil dans les lycées, et d’évaluer les acquis relatifs à la compréhension des valeurs et symboles de la République lors de la journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD).

Le paysage change-t-il ? Une enquête européenne menée tous les neuf ans – quatrième du genre depuis 1981 – explore l’évolution des mentalités et esquisse les contours d’une société française certes plus individualisée, mais habitée par des valeurs nouvelles [1]. Ainsi, pour la première fois, la demande d’égalité devient plus importante que celle de liberté ; de même, la norme antiraciste et les valeurs de tolérance progressent… C’est rassurant.


[1La France à travers ses valeurs, P. Bréchon et J-F. Tchernia, éd. Armand Colin, avril 2009