N° 1168 | du 3 septembre 2015

Critiques de livres

Le 3 septembre 2015 | Jacques Trémintin

Faits religieux et laïcité : le travail social à l’épreuve

Faïza Guélamine


éd. ESF, 2014, (125 p. – 15,90 €) | Commander ce livre

Thèmes : Religion, Pratique professionnelle, Laïcité

Le travail social est, lui aussi, confronté au fait religieux musulman. La réflexion de Faïza Guélamine est précieuse pour écarter la réflexion de la stigmatisation idéologique. Premier paradoxe : la sécuralisation de la société avait fini par renvoyer la pratique religieuse au domaine privé. Les travailleurs sociaux s’étaient émancipés de leurs racines chrétiennes.

Et les voilà à nouveau confrontés à une croyance qui, resurgissant dans le domaine public, exige d’être prise en compte dans le quotidien de la prise en charge. Deuxième paradoxe, l’instrumentalisation de la laïcité qui, longtemps confondue avec l’anticléricalisme, est utilisé à présent par les adversaires du communautarisme. Mais ce n’est pas le prosélytisme des groupes fondamentalistes catholiques, pas plus que l’expansion des églises évangélistes qui sont visés, mais l’Islam. Troisième paradoxe, les travailleurs sociaux se retrouvent liés à deux exigences aussi incontournables l’une que l’autre dans leur action quotidienne : respecter les différences culturelles, tout autant que les principes d’égalité et d’émancipation.

Ces deux quêtes peuvent entrer en forte opposition, quand émerge la question des relations entre les hommes et les femmes, par exemple. Comment réagir à ces situations où chacun tâtonne, incité tantôt à des postures rigides et parfois à des compromis ? L’auteure n’ayant pas la prétention de proposer des solutions, elle propose seulement des pistes pour permettre à chacun de construire sa propre réponse. Les revendications se cristallisant autour de rites musulmans ? Il faut prendre garde à ne pas enfermer les individus dans leurs particularités culturelles et rechercher ce qu’elles signifient pour chacun, en essayant de distinguer ce qui relève de marqueurs identitaires et ce qui correspond plus à une quête spirituelle. La défense de la laïcité ? Ce concept est composé d’au moins trois principes : le respect de la liberté de conscience et de culte, le refus de la domination d’une religion particulière et l’égalité de toutes les convictions et croyances devant l’État.

À ce titre, elle peut être défendue par les musulmans vivant dans notre pays qui, comme le note avec pertinence l’auteur, se réclament dans leur immense majorité des principes de la République, de la démocratie, plébiscitant le respect de la loi, la tolérance à l’égard d’autrui et la liberté d’expression. Quant à la rupture d’égalité entre les sexes, le réflexe est légitime de renvoyer à l’archaïque, à l’irrationnel et au conservatisme. Le statut de la femme est garanti par une loi qui punissant toute discrimination de genre. Le défi lancé aux professionnels n’est finalement pas nouveau : préserver leurs valeurs humanistes à travers la diversité et la différence. Plus facile à dire qu’à faire ? C’est pourtant ce qu’ils font déjà au quotidien !


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